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Quoi de plus réjouissant, quatre jours avant le début des 49èmes Journées, que cet avant-dernier numéro de Midite ? Car il recèle ce qui fait courir les femmes – et les hommes creusés de féminin – à savoir : l’amour.

À bien y regarder, à se plonger dans les textes qui ont fait Midite durant plusieurs mois, n’était-il pas déjà là, voilé, terrible, absolu, rieur, exigeant, inatteignable, joyau d’une parole, joint de la jouissance et du désir, chuchoté ou vociféré ?

Son parfum tout du moins, de celui qui nourrit – encore et encore – la demande. De celui qui pousse à écrire, pour tenter d’attraper ce qui, justement, ne s’écrit jamais tout à fait. « Le déplacement de la négation, du cesse de ne pas s’écrire au ne cesse pas de s’écrire, de la contingence à la nécessité, c’est là le point de suspension à quoi s’attache tout amour »[1] dit Lacan.

C’est dire combien les points de suspension peuvent causer le souhait de les combler.

Tantôt mirage du narcissisme, fixe et immobile, sous les auspices du Un. Tantôt creuset du désir, amarre de la jouissance ; l’amour miroite, insolent, canaille. Il pousse à remuer. Il vient colmater l’absence du rapport sexuel. Il convoque l’autre à parler, comme Bénédicte Jullien le met en lumière à travers le personnage de Mme de la Pommeraye[2].

C’est la « forme érotomaniaque de l’amour »[3] : « Que l’Autre m’aime ! »[4]

« L’amour demande l’amour. Il ne cesse pas de le demander »[5]

Ce « caractère d’absolu, (…) visée d’infini »[6] contamine un certain rapport au désir et à la jouissance. C’est ce que nous enseignent les textes de Colette dans lesquels Véronique Pannetier s’est plongée jusqu’à en extraire ce grain et écrire : « le roman se concentre dans ce moment où elle consent. Elle est saisie d’un vertige, d’une mollesse, d’un abandon, lié non à une inconsistance mais à ce petit morceau d’infini qui la compose »[7] Ou encore les fragments de Bleuets, le livre de Maggie Nelson, dont la forme, hybridée, éparse, permet de « d’encapsuler dans le réseau de ces mots les vibrations du corps au contact du bleu » écrit Virginie Leblanc, faisant saillir ce qui résonne « par-delà le sens »[8].

Ici, le volatile, le fugace, ce qui ne s’attrape pas dans les filets du sens, peut se dire néanmoins. Et la forme en témoigne. Tout comme ce qui ne se saisit pas de la femme, que cette échappée soit de structure ou de refus, cela peut se dessiner néanmoins : c’est là la manœuvre de Pénélope, la femme d’Ulysse, laquelle, par son tissage qui lui permet une dérobade incessante, fait exister l’absence. Comme le dit Fanny Levin « La femme naît de l’absence (…) »[9].

La logique n’a pas le dernier mot. Et Zazie et Max, les personnages mis en lumière par Adeline Suanez[10], s’y cassent les dents. C’est pourquoi « une femme est sinthome »[11] comme le démontre rigoureusement Sophie Marret.

Le mot de la fin revient à Philippe de Georges[12], lequel, par un événement contingent et par le fil de ses associations qui s’ensuivent, rend compte des mouvements de la logique de l’inconscient. Et puisqu’une chansonnette en découle, c’est un brin de poésie qui vient donner le la !

Poésie de l’amour, poésie du féminin. Une ode à l’ouverture…

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Éditions du Seuil, 1975, p. 132.

[2] Jullien B., Une intrigante de parole, à lire dans ce 26ème numéro de Midite.

[3] Lacan J., Écrits, Paris, Éditions du Seuil, 1966, p. 733.

[4] Miller J.-A., L’os d’une cure, Paris, Navarin éditeur, 2018, p. 80.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Éditions du Seuil, 1975, p. 11.

[6] Miller J.-A., L’os d’une cure, Paris, Navarin éditeur, 2018, p. 79.

[7] Pannetier V., Le baiser, à lire dans ce 26ème numéro de Midite.

[8] Leblanc V., Pas une bluette, des Bleuets, à lire dans ce 26ème numéro de Midite.

[9] Levin F., Pénélope ou les ruses de l’incertitude féminine, à lire dans ce 26ème numéro de Midite.

[10] Suanez A., Une lecture de femme, à lire dans ce 26ème numéro de Midite.

[11] Marret-Maleval S., Sinthome, rapport, ravage, à lire dans ce 26ème numéro de Midite.

[12] De Georges P., Le beau défaut de la Nature, à lire dans ce 26ème numéro de Midite.