image_pdfTélécharger cet articleimage_printImprimer cet article

Freud souligne le rapport particulier que les femmes entretiennent avec la castration qui est, d’après lui, déjà réalisée… Elle n’est pas vraiment à craindre, et c’est peut-être ce qui alimente ce style « Même pas peur ! » qu’arborent certaines femmes à l’occasion.

Ce n’est pourtant pas sous les auspices du « Même pas peur ! » qu’Élisabeth II entre dans la carrière… Comment devenir une reine ? C’est tout le programme de The Crown, la série dont nous entretient Frédérique Bouvet. Et cela consiste d’abord par l’apprentissage d’un « ne rien dire » [1], ne pas bouger, l’enjeu étant d’être plus sage qu’une image, de se confondre avec cette icône que le miroir du royaume lui renvoie, sans s’y perdre… Heureusement, il y a un prince, pourvoyeur d’Autres femmes ! Voilà qui reconnecte illico à la névrose, c’est-à-dire à la misère ordinaire. Ouf !…

Monique Amirault nous invite alors à faire connaissance avec certaines de celles qui n’ont « Même pas peur ! » et qui, décidées, abolissent les frontières. Obstinées, opiniâtres – têtues diront les sots qu’elles effraient un peu – sont les héroïnes presque anonymes croquées par l’auteur de BD Pénélope Bagieu dans l’album Culottées. Nullement découragées par les obstacles, ne se laissant jamais dériver du flot désirant qui les porte, elles obtiennent l’impensable, quitte à en payer le prix fort.

Une question surgit : y a-t-il une spécificité du courage féminin ?

Et puis il y a Jeanne Added…, aussi minuscule qu’immense, rageuse et délicate, paradoxe poétique d’une exquise féminité logée dans un corps aux atours androgynes, qui ne s’anime sous notre regard que pour mieux « disparaître en étant là » [2] … C’est ce que Vanessa Sudreau, fine connaisseuse de l’artiste, nous révèle, pour mieux nous initier au magnifique personnage. Elle élucide, ce faisant, une part du mystère de cette voix si charnelle, qui nous traverse et nous élève.

À l’opposé absolu du charme de Jeanne Added, il y a l’étrangeté et la vénéneuse séduction des voix synthétiques de nos assistantes vocales. Sarah Guesmi attire notre attention sur la démarche artistique étonnante du musicien Rubin Steiner, dont le travail récent explore cette question très moderne du lien entre les nouvelles technologies et l’humaine condition. Il interroge, avec style et humour, l’addiction contemporaine à la voix qui sait tout… Mais on peut se demander si la fascination pour ces voix, comble d’une féminité jamais divisée par l’émotion ou le trouble, n’évoque pas, dans les tréfonds de notre inconscient, une version possible de la surmoitié, que Lacan fait surgir dans L’étourdit… Celle dont il énonce que « Ses dits ne sauraient se compléter, se réfuter, s’inconsister, s’indémontrer, s’indécider qu’à partir de ce qui ex-siste des voies de son dire [3]. »

Vertige…

Et puis nous ferons connaissance des adeptes, innocentes et ravies, de ces applications qui proposent de s’appliquer à être une femme : surveiller son flux menstruel, comme nos grands-mères surveillaient le lait sur le feu, scruter son taux d’hormone, sa fertilité, guetter ce qui se passe dans notre soutien-gorge, connecté pour l’occasion… Bref, que notre corps n’ait plus de mystères pour nous, qu’il parle enfin une langue que l’on comprend.

Viendrons-nous pour autant à bout de ce mystère qui se confond parfois avec celui du féminin ? La Madonne de Dresde a-t-elle pour autant perdu de sa séduction ? Sans doute pas, répond Patricia Mercier Bareck. Et heureusement !

Dominique Miller, dans une interview [4] épatante donnée récemment pour la dépêche des J49, nous dit qu’on n’est « pas femme tout le temps ». C’est aussi ce que susurre Blanche Gardin, avec son style inimitable. Mais évidemment, Dominique Miller va plus loin.
On est femme, dit-elle, « dans ces moments où on sent cette discordance qui […] nous sort du masochisme du sujet divisé ».

Elle propose alors de cerner la question féminine « comme une sorte de tension entre être au bord et au cœur ».

« Au bord et au cœur »… Après avoir dévoré ce nouveau numéro de Midite qui explore cette proposition, précipitez-vous sur la dépêche des J49 !

[1] Bouvet F., The Crown ou comment devenir reine, à lire dans Midite 24

[2] Sudreau V., Mutate, à chaque instant, à lire dans Midite 24.

[3] Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, p. 468.

[4] Entretien avec Dominique Miller, La dépêche des J49 N° 50, 25 octobre 2019.