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L’hystérique est à l’honneur dans ce numéro de Midite. Il propose six textes sillonnant la structure névrotique, qui permit à Freud, en tant que « premier médecin à laisser parler les femmes » [1], d’introduire la psychanalyse, de « découvrir » l’inconscient et de développer sa théorie. Il s’agit donc d’un retour à Freud dans le texte de Solen Roch, non sans passer par l’épinglage de Lacan qui trace un pont entre le cas Dora et « une Princesse de Clèves en proie à un bâillon infernal » [2]. Là où Freud a lu la dérobade de Dora comme une réponse à la possible réalisation de son désir pour M. K, Lacan pointe la place de l’Autre femme occupée par Mme. K pour Dora.

Dominique Holvoet reprend également l’Autre femme de Dora pour introduire le roman de Myriam Leroy où Ariane – démon de la féminité [3]– incarne l’Autre femme, c’est-à-dire La femme qui existe. Dans le lien entre ces deux femmes, il s’agit de fascination, de fantasme, puis d’horreur et de rejet. Le pousse-au-pire ne tarde pas à faire son apparition mais la destinée ne sera pas la même, entre le passage à l’acte de l’une, et le vœu de mort de l’autre.

Le passage à l’acte est aussi évoqué par Vilma Coccoz qui rappelle « l’identification sacrificielle de la jeune homosexuelle qui se déduit du passage à l’acte suicidaire » [4], acte qui précéda son entrée en analyse avec Freud. Ce texte invite à cerner la « véritable nature du phallus » [5], et à ne pas se leurrer avec des lectures qui « exagèrent le soi-disant phallicisme freudien » [6].

« L’hystérique et son au-delà », proposé comme trame de ce numéro, se vérifie avec Natacha Delaunay-Stephant qui nous le rappelle dans l’œuvre de Tolstoï, avec Anna Karénine. L’héroïne, happée par la rencontre avec Vronski, transgresse les mœurs de son époque, rejoint son amant et abandonne son fils. Mais ce n’est qu’avec le suicide qu’elle répondra « aux termes d’une équation qu’elle ne parviendra à résoudre autrement qu’à travers son tragique passage à l’acte » [7].

Ce roman touche à la question de la jouissance féminine, comme celui de Ian McEwan, Sur la plage de Chesil, dont nous parle Marie-Agnès Macaire-Ochoa [8]. Comment Florence répond-t-elle à la jouissance inconnue, apparue lors de sa nuit de noces et par la suite avec son mari ? Est-ce par la voie de sa passion pour la musique, ce qui l’occupe entièrement, qu’elle pourra approcher la contingence d’une rencontre avec un homme ?

Aurélie Flore Pascal rend compte de la position hystérique de Milena qui, « se plaçant ainsi du côté « mâle » des formules de la sexuation du séminaire Encore » [9], repère la peur de Kafka de laquelle elle se fait partenaire, étant « symptôme du symptôme de l’Autre » [10]

Le passage à l’acte comme réponse, sous la forme de se jeter sous un train, réalisé par trois de ces femmes, nous enseigne sur cette tentative d’annuler ce qui ne peut pas passer par le tissage du symbolique et qui impacte le sujet dans le réel.

 

[1] Solen Roch, Midite 23

[2] Lacan, J., « Intervention sur le transfert », Autres écrits, Seuil, Paris, p. 223.

[3] Holvoet Dominique, Midite 23

[4] Coccoz Vilma, Midite 23

[5] Miller J.-A., De la naturaleza de los semblantes, Paidos, Buenos Aires, 2002, P.260.

[6] Coccoz Vilma, Midite 23

[7] Natacha Delaunay-Stephant, Midite 23

[8] Marie-Agnès Macaire-Ochoa, Midite 23

[9]  Aurélie Flore Pascal, Midite 23

[10] Ibid.