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« Ça commence à la chatouille et ça finit par la flambée à l’essence. Ça, c’est toujours la jouissance » [1] La chatouille est un éprouvé, un toucher minuscule qui peut faire vibrer un corps, elle peut être un dire qui fait frémir ou un souffle qui produit un émoi. La chatouille éveille dans le corps quelque chose qui ne peut se localiser. Elle échappe aux mots. Certaines diront papillons dans le ventre, d’autres frisson, d’autres plus extrêmes je me pâme. D’autres, garderont le secret de leur trouble, les discrètes.

« Attention. Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous gratouille ? » [2] demande le docteur Knock a l’un de ses patients. On ne badine pas avec la chatouille ! La jouissance Autre épinglée par Jacques Lacan ne concerne-t-elle pas ce petit chemin qui va de la chatouille à la flambée à l’essence ? L’incendie est du côté d’un «toujours plus », encore.

Après un parcours analytique, un sujet peut saisir la puissance d’un infime éprouvé, les conséquences subjectives de ce qui a chatouillé son être. Il arrive qu’une femme en analyse puisse passer de la jouissance du mensonge, de la jouissance du silence, à une souplesse inédite, à une souplesse du dire. Un acquiescement à ce qui se saisit dans un va et vient.

Lisez ce numéro de Midite comme une promenade dans cette zone de la jouissance Autre, les auteurs nous frayent un chemin : Armand Zaloszyc pousse la porte avec entrain et un brin de provocation : « La femme a une jouissance supplémentaire. Ça dépend ». Yves Depelsenaire avance en tenant la main des poètes, à partir de la citation d’Henry Michaux « la femme entre centre et absence », il extrait la lumière venant du signifiant « entre », Céline Menghi, donne un aperçu d’une femme « étirant les mots jusqu’à l’impossible », Nathalie Castagné, chauffe le paysage au feu de Carmen, une femme « qui fait scandale et dépasse les bornes », Catherine Heule, pour sa part, emprunte le chemin du jardin de l’ogre, en montrant que Leïla Slimani sait quelque chose du non limitée de la jouissance féminine. Et enfin, à la fin du voyage, accompagnés par la belle lecture du film Mal de Pierre de Nicole Garcia, nous retrouvons une ponctuation de Victor Rodriguez : « le secret (d’une femme), équivaut au fantasme et il est, pour (elle), la tentative de faire Un avec l’Autre, une façon de croire au rapport qui existerait entre les sexes ».

Bonne promenade.

 

[1] Lacan J., le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991, p. 89.

[2] Romains J., Knock, Paris, Gallimard, 1924, p. 62.