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La Midite que voici nous conduit aux confins de l’amour et de l’objet, au plus près des rayons aveuglant de La Chose, de ses effets, mais aussi, ouf ! de son traitement. Posons cela : l’amour est un traitement de la Chose. La Chose, das Ding ̶  entre trop et trou  ̶  fait surgir un réel que l’amour parfois, tempère. Si, comme suppléance, il est un traitement du réel, l’amour est aussi la cicatrice d’un manque à jamais actif, appuyé sur un objet à jamais perdu ; quand il l’est.

Qu’il s’agisse des amours réglées par l’objet perdu, ou de celles régies par l’objet en trop, l’amour bien que solution porte à l’illimité, à la déraison, à la passion, à l’Autre jouissance parfois, ce qui rend nécessaire qu’il puisse s’accoler, par un bord au moins, à une éthique.

Vous croiserez ici de drôles de couples, toujours un peu trios, dans le genre « ménage à trois »[1] : « Une femme de son époque »[2], quittée par son amant, continue son histoire d’amour sans lui, mais avec l’écriture ! Celle-ci, intrigante patentée [3] choisira de rivaliser avec son amant, manigançant toutes les stratégies possibles pour lui faire poser un genou à terre : Mme de Merteuil en effet préfère « s’élever au-dessus » – de l’amant et des autres femmes – les obstacles ne sont pour elle que les défis de la comédie de l’amour. Diane [4] elle, s’appuie aussi sur une identification masculine pour percer le secret de la féminité, mais nous quittons le registre de la comédie quand, enjambant l’obstacle, elle devient l’amante de Camilla, dont elle fait son mythe et son piège. Une Autre encore s’adosse à l’écriture pour explorer l’énigme « parente de la féminité »[5], Agatha Christie se révèle comme poursuivant de sa plume ininterrompue une énigme interrompue au moment le plus palpitant.

Puis Marilyn, qui n’eût de cesse de chercher « son seigneur » mais qui pouvait aussi bien, triste revers, être la femme de tous les hommes. Ici pas d’obstacle, du seigneur à « la lune de miel avec la 45ème division »[6], il n’y a qu’un pas.

Pour conclure sur l’éthique de l’obstacle, ce sera le grand texte que nous propose Michèle Elbaz : Anna l’héroïne du Marin de Gibraltar ne tangue pas d’un homme à l’Autre, plutôt a-t-elle trouvé au travers de sa quête infinie vers l’inatteignable Marin, une façon de supporter le quotidien en le centrant sur le manque, c’est ainsi qu’elle peut aimer, distraitement, un homme qui lui, est bien là. N’y a-t-il pas là quelques affinités avec l’amour courtois, dont Lacan disait que « c’est une façon tout à fait raffinée de suppléer à l’absence de rapport sexuel, en feignant que c’est nous qui y mettons obstacle. C’est vraiment la chose la plus formidable qu’on ait jamais tentée… »[7] Aussi l’obstacle, non plus comme empêchement, mais plutôt comme arrangement, résonne encore avec la découverte freudienne : « Il faut un obstacle pour pouvoir faire monter la libido […] pour pouvoir jouir de l’amour […] sinon l’amour devient sans valeur et la vie, vide. »[8]

 

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Points, Seuil, p. 90 : « pourquoi les matérialistes s’indigneraient-ils que je mette, pourquoi pas, Dieu en tiers dans l’affaire de l’amour humain ? »

[2] Marie Poulain, « une femme de son époque », dans ce volume.

[3]Marlène Meunier, « Les liaisons dangereuses », dans ce volume.

[4]Katell Le Scouarnec, « This is THE girl », dans ce volume.

[5] Valérie Bussières, « Énigme féminine et femme d’énigme, Agatha Christie », dans ce volume.

[6]Patrick Roux, « Marilyn et ses partenaires », dans ce volume.

[7] Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, op. cit. p. 89.

[8] Freud S., « La psychologie de la vie amoureuse », La vie sexuelle, Paris, puf, 1999, p. 63.