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Quelle serait cette liberté propre au féminin, ce souffle d’air, cette danse choisie ?

Liberté de ne pas entrer dans la castration [1] au sens où un espace, loin de l’universel du tous, peut se créer. Un espace de singularité où l’invention est de mise.

Liberté de jongler avec les semblants, d’en être, mais pas toute. Fragile liberté où le risque de s’y brûler est toujours là. Le chemin n’est pas aisé. Lever le nez hors de l’ordre phallique ouvre à d’autres terres, là où les bords d’un réel peuvent s’entre apercevoir.

Certains des textes publiés dans le Midite d’aujourd’hui illustrent cette décision de l’être tout autant que son versant grimaçant, grimace du réel.

C’est l’inconnue de Stefan Zweig [2], affublée d’un masque, montrant à l’homme qu’elle aimait le visage de la femme qu’il voulait bien désirer, sans jamais une seule fois dire son nom. S’affublant du nom de désir de l’autre et se tenant tout aussi bien aux bords du réel, consumée par la jouissance merveilleusement incarnée par Joan Fontaine, actrice du film Lettre d’une inconnue de Max Ophüls. Il faut voir le corps et la voix de l’actrice vibrer, le regard continuellement embrumé, humide, aux bords de l’explosion.

C’est Amélie Nothomb, qui, par l’acte d’écrire, d’où surgira le son, dessine les « frontières géographiques d’un corps » [3]. L’écrivain « ne cesse d’écrire, au ras du réel, ce qui fait bord au trou »[4] . Le son existe puisqu’il résonne, et il résonne parce qu’il vient rebondir sur les parois d’un corps qui fait frontière tout aussi bien, à recréer sans cesse.

C’est l’histoire d’Isolde [5] et la vie de Nelly Arcan [6] qui a su écrire, un temps, ce qui prenait racine dans la folie amoureuse, et signant, par son acte, la distinction fine que nous avons à faire, toujours, entre jouissance Autre et jouissance illimitée.

Si le féminin entraîne l’éprouvé de se sentir Autre à soi-même, la solitude s’y fait plus dense. Pas de signifiant pour dire l’être, pas de signifiant pour clore l’identité. C’est sans doute le trajet de George Sand [7]. C’est aussi celui de l’Alice de Tim Burton, devenue adolescente, libérée des prescriptions surmoïques [8], qui aura la tâche de se saisir de cette question sans pour autant en donner LA réponse. Un élan sans cesse renouvelé.

 

[1] Vinciguerra R.-P, « Liberté et solitude », à lire sur le blog de Midite.

[2] Monnier F., L’inconnue, sur la nouvelle de Stefan Zweig Lettre d’une inconnue, à lire dans ce numéro de Midite.

[3] Servais V., Amélie Nothomb, une femme qui publie un livre par an, à lire dans ce numéro de Midite.

[4] Ibid.,

[5] Lecoq D., L’insubstance du féminin, à lire dans ce numéro de Midite.

[6] Klein C., Folle, la lettre de Nelly Arcan qui n’a pas trouvé son destinataire…, à lire dans ce numéro de Midite.

[7] Joucla J., George, quelle femme !, à lire dans ce numéro de Midite.

[8] Koretzky C., La merveilleuse Alice de Tim Burton, à lire dans ce numéro de Midite.