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Cet été-là, de précieuses amitiés m’amenèrent à visiter Nohant, domaine de l’écrivain George Sand, et ce fut, loin de l’auteure de La mare au diable, de La petite Fadette et autres romans champêtres trop vite catalogués « naïfs » ou « datés », une découverte éblouie d’une personnalité de femme hors du commun.

Deux historiennes – Michèle Perrot [1] et Mona Ozouf [2] – l’ont récemment évoquée : Aurore Dupin, baronne Dudevant, prit ce pseudonyme masculin de George Sand afin d’être payée pour ses écrits par son éditeur, les femmes de cette époque ne l’étant pas encore… L’écrivaine anglaise, George Eliot, lui en rendit hommage quelques années plus tard.

Les mots manquent pour définir la « bonne dame de Nohant » dont la vitalité, l’indépendance d’esprit et la liberté furent un défi pour les femmes de son époque certainement, mais une personnalité qui de nos jours étonne encore.

Imprégnée de ce Berry où elle est élevée par sa grand-mère, elle grandit au milieu des petits paysans des environs. Sans renier contes et croyances de la « Vallée noire » dont elle se servira dans son œuvre, lectrice de Rousseau, adulte, elle restera attentive à leur éducation et soucieuse de leur devenir. Les domestiques de Nohant seront, de loin, les mieux payés de la région en accord avec les idées socialistes de George, et participeront quasi familialement à la vie de George.

Tôt mariée et mère de famille, elle fut également, à sa demande, tôt séparée d’un compagnon avec lequel elle partage trop peu de choses. Durs moments où la femme de tête prit le pas – elle en témoigne dans Histoire de ma vie [3] – pour faire valoir juridiquement ses droits et récupérer le domaine de Nohant. Celui-ci deviendra le terreau indispensable pour se ressourcer au plus près de son enfance, mais il sera aussi un lieu ouvert aux rencontres les plus extraordinaires, anticipant en ce lieu une sorte d’Europe de la musique et des lettres.

En effet George tiendra à Nohant table ouverte, une dizaine de convives quotidiennement n’étant pas rare. En ce temps d’avant le chemin de fer, comme il fallait presque deux jours pour venir de Paris, les invités restent plusieurs semaines : Delacroix, Balzac, Flaubert, Liszt se côtoient ou se succèdent… On soupe à cinq heures quand il fait encore jour, on écoute de la musique jusque tard dans la soirée puis on refait le monde. Au « menu », outre les victuailles du domaine, politique, musique, littérature…Plus tard, grâce aux talents de son fils Maurice, c’est le théâtre qui entre à Nohant devant un parterre d’invités et de gens du pays.

La nuit, George écrit. Romans, légendes du Berry redécouvertes, écrits politiques et sociaux – c’est le Second Empire – et des milliers de pages de correspondance.

Amants célèbres – Musset, Chopin… – amours contrariés ? – Marie d’Agoult  – amants fidèles comme le graveur Alexandre Manceau qui lui offrira la maison de Gargilesse où elle écrit et se transforme en experte collectionneuse de papillons, George fut toujours une femme amoureuse !

Parcours sans faute aimerait-t-on dire à l’aune de ce qu’une femme dite libre souhaite – aimer et travailler – si ce n’est cette relation ravageante avec Solange, sa fille, qui ne s’apaisera pas, ou peu.

 

[1] Perrot Michelle, George Sand à Nohant, Paris, Seuil, 2018.

[2] Ozouf Mona, L’Autre George – A la rencontre de George Eliot, Paris, Gallimard, 2018.

[3] Sand George, Histoire de ma vie, classiques Le Livre de Poche.