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Une analyse amène à poser cette question : quel objet ai-je été pour l’Autre ?

Cela suppose qu’objet, chacun l’a été, l’est encore et que la cure est l’occasion d’élucider cette part active et méconnue de son être.

La question résonne sans doute de façon plus serrée pour nombre de sujets féminins : les embrouilles du sexe nourrissent ainsi une plainte, celle de se sentir réduite à un objet sexuel.

 

Il semblerait que le vocable « femme-objet » – né sous la plume de sociologues scrutant les évolutions de la société de consommation – trouve son origine dans ce que Freud a appelé l’objet sexuel, celui que vise la libido du sujet.

La valeur érotique du corps des femmes a fait vendre. Ce corps a longtemps été l’argument le plus convaincant pour faire désirer un parfum, un voyage, une voiture… mais aussi des objets plus incongrus, tracteurs ou hamburgers… Pas de limite ! Le terme même de femme-objet, repris par le discours féministe des années 70, démasque le projet publicitaire en dénonçant le regard qui réduit la femme à un objet.

Seulement voilà, Lacan est passé par là et a énoncé cette phrase inouïe : « La femme n’existe pas. »

Renversement de perspective !

Une des conséquences de cette formule, c’est qu’il ne s’agit pas d’être ou de ne pas être une femme-objet mais, de façon plus subtile, de se situer dans cet écart que Lacan révèle entre être objet du désir ou se faire objet cause du désir d’un homme. Une nuance à laquelle il n’est pas si facile de consentir parce que le phallus s’absente de la deuxième proposition. Se faire objet-cause se distingue radicalement d’être la girl-phallus.

 

Ce numéro de Midite nous invite donc à guetter la femme-objet à partir de cet axiome, La femme n’existe pas.

Ainsi, Olive – touchante candidate de Little miss Sunshine –, à trop bien singer la femme-objet, dénonce l’imposture maternelle qui précipite les mini-miss dans un miroir déformant.

Avec sa formule, « La prostitution est une fiction », l’écrivain Emma Becker renverse totalement la proposition de la femme-objet en s’immergeant dans une maison close où s’épaulent « les putes qui sont payées pour être des femmes ». Puissance de l’objet.

On suivra La servante écarlate, comble de la femme-objet, asservie et tentant de rester femme et mère, maintenant coûte que coûte sa division subjective pour ne pas disparaître.

Et puis il y a celle, ni femme, ni objet, qui se refuse à se faire objet de l’Autre. La Mona d’Agnès Varda, rétive à l’Autre, brûle dans sa solitude absolue.

Enfin, Jacqueline Dhéret interroge, avec prudence et délicatesse, le signifiant féminicide, proposant de ne pas trop vite essentialiser les femmes par un surcroît de signification et de rester attachés à l’incomparable.

 

Incomparables…