Ces hommes qui brûlent

Et les hommes alors ? Les femmes sont-elles les seules à éprouver le vertige, l’extase, le dénuement, les affres de la passion, autant de noms insuffisants à dire ce qui serait la jouissance Autre ?

Car enfin, l’assignation de l’organisme est bien mince au regard de la jouissance. Hommes, comme femmes, peuvent être poussés vers ces rivages obscurs. Chacun peut à l’occasion laisser derrière soi des terres brûlées.

Cette jouissance Autre, que l’on dit féminine, qui n’entend rien au symbolique, qui déborde et fait exploser les limites du corps propre, chacun peut y avoir à faire.

En cela, chacun est une chacune.

Chacun peut, bien malgré lui, se détourner des balises du phallus et se perdre, pour un temps, dans une eau sans fond et sans horizon.

C’est ce que nous enseignent les textes de cette semaine : le Dr Tokai, personnage d’une nouvelle d’Haruki Murakami, appelé par le rien radical, Othello, enchaîné à Desdémone, mi-déesse mi-démone, ou encore David, l’un des personnages du Système Victoria d’Eric Reinhardt, sont des hommes qui se vouent à l’exigence d’une autre, s’y retrouvent dénudés, sacrifiés sur l’autel de la jouissance, poussés au pire, parfois. L’extrême de l’érotisme n’est pas loin, comme le montre L’empire des sens et le commentaire qu’en fit Lacan.

Les hommes ont à faire à cette jouissance dont on ne sait que dire. C’est bien pourquoi les formules de la sexuation de Lacan évoquent une façon d’être au monde. Part féminine et part masculine se révèlent à la lumière de la nature de la jouissance qui se déploie. Et peu importe le sceau de l’organisme. Le reste est bien plus vaste.