L’air du Midit

Cette dernière Midite de la saison semble nous conduire sur le chemin des vacances, elle nous oriente en effet vers une ligne de crête : Midite sur le littoral [1].

« Le corps des êtres parlants est sujet à se diviser de ses organes » [2] lit-on dans « L’étourdit », à suivre Lacan et ce conte Histoire d’une moitié de poulet qui l’a tant marqué depuis le plus jeune âge, le corps des êtres parlants se divise aussi de son image, moins facilement sans doute, puisqu’on la voit et qu’à l’occasion on se voit la voir : rien ne dément mieux la castration que le champ scopique où l’on se croit être…

Ce conte d’une moitié de poulet, c’est le temps d’avant le littoral, pas tout à fait une zone entre deux mondes, pas encore ce bord entre deux consistances, Histoire d’une moitié de poulet constitue plutôt un instant de voir, sorte de révélation foudroyante : là où l’autre moitié est anticipée par « la fonction de la voyure » [3], surgit l’horreur de la castration et la trace de la coupure ; « La moitié, en effet, est une affaire de moi » [4] elle appelle au complément.

Les textes ici réunis sont bien faits pour bousculer les illusions du parlêtre dans ses démêlés avec la castration, ils ont même un petit côté conte cruel. La belle image, lisse et sphérique, y laissera des plumes : Il y sera question de phanères en effet, soit ce qui se détache de l’image et qui, à l’occasion vous regarde : ici des poils, de la peau, et des plumes : drôle de ménagerie où humains et animaux ne sont plus si différents…

Nous rencontrerons une drôle d’alouette, Nora, un oiseau qui s’échappe quand l’honneur viril dépasse l’absolu de l’amour [5], puis, une fille poilue, « petit animal mal léché par sa mère » [6], fillette considérée comme sauvage par sa marâtre qui, par l’extraction de la disgrâce (les poils), fera trace de l’empire de l’Autre sur le corps de l’enfant… Nous croiserons deux femmes se promenant dans le rêve d’une autre, elles en perdront la tête… ici, au moment de conclure, un rêve installe les restes RSI d’une analyse qui a fait surgir l’« événement femme » [7]. Des textes où se révèle la face « pas-si-propre » [8] du corps, d’où peut s’inventer, « entre le “il faut” et la faille » [9], une castration vivable [10].

Du moi à la moi-tié s’est opérée une rectification subjective. De la division à la faille le parcours peut s’avérer plus corsé, de voir surgir la Surmoitié – ce surmoi spécifique à la position féminine, et non aux femmes comme telles – apprendre à « vivre cette tension » [11] suppose de s’acclimater à l’ab-sens.

 

[1]« L’air du midit », formule de Lacan qui se trouve dans « L’étoudit », p. 469.

[2]Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 456.

[3]Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 77.

[4]Ibid.

[5]Voir dans ce volume le texte de Clémence Coconnier

[6]Voir dans ce volume le texte de Muriel Chajès.

[7]Voir dans ce volume le texte de Marie Hélène Roch.

[8]Voir dans ce volume le texte d’Anna Aromi.

[9]Leguil F., « Phallus », Les objets a dans l’expérience analytique, s./dir. J.-A. Miller, Scilicet, Paris, ECF/Huysmans, 2008, p. 326.

[10]Voir dans ce volume le texte d’Anna Aromi.

[11]Laurent É., « Les éclairs et l’écrit », L’inconscient éclair, Paris, ECF/Huysmans, 2019, p. 141. Il y évoque la tension entre les termes du premier enseignement de Lacan, et le dernier.