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« Le ravage est l’autre face de l’amour »[1] dit J.-A. Miller.

À cette privation essentielle qui fait sa marque[2], une femme peut répondre par une pirouette dont elle ne maîtriserait plus le mouvement : se jeter à corps perdu dans un lieu où trouver un éprouvé qui ferait exploser les limites du corps propre, y aller sans espérer une issue, entrer dans la ronde des corps, danser à en perdre la tête…

Ce sont quelques expressions de folies amoureuses que ce numéro de Midite vous propose cette semaine. Avec, au sommaire, une figure de femme qui, justement, ne choisit pas de devenir tout pour un homme, de « se fabriquer un être à partir de la soustraction de l’avoir »[3], mais, bien plutôt, qui choisit de garder tout. Francesca garde son mari, sa famille, sa maison, et aussi, dans un écrin serti à jamais, cet objet précieux du souvenir de l’homme qui lui fit éprouver une passion limitée à quelques jours[4].

Passionnée par le signifiant, choyant le phallus, cette figure hystérique révèle le point d’absolu qui l’attise. C’est dire que cet objet visé, bien qu’inatteignable, se situe dans un espace temps. Il est représentable. La clinique l’enseigne : entendons les amoureuses qui se languissent d’un homme absent, ou alors celles qui préfèrent les SMS, non pour leur caractère d’immédiateté, mais au contraire pour le creux de l’absence qui peut en résulter. Repérons ici l’hystérique qui « promeut le point à l’infini de la jouissance comme absolue »[5].

Pourtant, lorsque sa féminité la rattrape, lorsque la demande d’amour, vorace, devient jouissance illimitée, le point de visée se brouille. Elle n’y voit plus, perdue, éperdue, franchissant l’au-delà du principe de plaisir. C’est le « style érotomaniaque », et, parce que style[6] : trait de folie, intermittent.

[1] Miller J.-A, L’os d’une cure, Paris, Navarin, 2018, p. 83.

[2] C’est parce que « son être est marqué d’un moins irrémédiable qu’elle va toujours plus loin », Laurent D., Phallus ou symptôme ? Midite, disponible ici https://www.femmesenpsychanalyse.com/2019/05/22/phallus-ou-symptome/

[3] Laurent E., « Positions féminines de l’être », Revue de la Cause freudienne, juin 1993, n°24.

[4] Favreau C., « La belle propriétaire », Midite n°8, à lire dans ce numéro.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XVI, D’un Autre à l’autre, Paris, Seuil, 2006, p. 335.

[6] Lacan J., « Pour un congrès sur la sexualité féminine », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 733.