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Aborder ce thème me donne l’impression de m’aventurer dans une zone instable, de désorientation… Finalement, qu’est-ce que la femme, et même une femme ? Pourtant Lacan ne nous a pas laissés sans repères ! Mais son enseignement nous apprend que quand il s’agit de parler des femmes, il faut se déprendre d’un certain nombre de préjugés, y compris psychanalytiques. « L’analyste est tout aussi offert qu’un autre à un préjugé sur le sexe, passé ce que lui découvre l’inconscient », nous rappelait-il en 1958. [1]

Préjugés, mystère, logique… et en-deçà

« Femme » me paraît être un nom de ce qu’on ne peut ni dire ni savoir. Dès lors, comment bien-dire un point d’inconsistance, sans le recouvrir par le mystère ineffable, la fascination, voire l’effroi ? Quels concepts Lacan propose-t-il pour aborder ce qui justement échappe au Begriff ? Et comment se déprendre là aussi de l’évidence de certaines formules, si bien dites, mais parfois devenues slogans, pour en retrouver le sel, telles que « La femme n’existe pas » ou encore « la jouissance féminine » ? Comment ne pas céder à la pente glissante de la psychologisation ou du sens consistant, là où justement Lacan invente des concepts faits pour indiquer une inconsistance ?

Il faut, pour commencer, se départir de l’évidence anatomique de la stricte opposition homme-femme. C’est là un préjugé qui a la dent dure. Lacan l’a toujours dénoncé, par différents biais. Dans ses « Propos directifs… » en 1958 par exemple, c’est en s’appuyant sur Freud qu’il reproche à ses disciples et leurs successeurs contemporains de chercher la clé dans un naturalisme anatomique et biologique, et de rabattre ainsi la subtile dialectique freudienne du phallus sur l’organe et sur le développement « instinctuel ». Pour Lacan, le phallus est un signifiant. Il articulera les positions masculines et féminines par rapport à ce signifiant, nous verrons comment. Une prémisse de notre abord psychanalytique est qu’il n’y a pas de sexualité « naturelle ». Le mot de « sexuation » que Lacan introduit l’indique ; il est synonyme de ce qu’il désigne aussi comme « assomption par l’homme (Mensch) de son sexe » [2] ; c’est dire qu’il y a une position à prendre, un choix, même inconscient, par rapport au sexe biologique [3]. Il y a choix parce qu’il y a, au départ, une double indétermination : d’une part, le sexe inconscient n’est pas inné ; d’autre part, la relation à l’autre, au partenaire, n’est pas non plus déterminée d’emblée et ne définit pas le sujet comme homme ou comme femme. Il n’y a pas d’identité inscrite dans l’inconscient, pas plus qu’il n’y aurait d’« instinct » qui dirait que faire comme homme ou comme femme. Le recours à la polarité actif-passif n’est qu’un leurre. Suivons plutôt l’avis de Freud, écrit Lacan, qui « répète souvent de ne pas réduire le supplément du féminin au masculin au complément du passif à l’actif » [4]. Dans le Séminaire XI, il « affirme, d’après Freud, qui en témoigne de toutes les façons » : « Dans le psychisme, il n’y a rien par quoi le sujet puisse se situer comme être de mâle ou être de femelle. Le sujet n’en situe, dans son psychisme, que des équivalents – activité et passivité, qui sont loin de la représenter, d’une façon exhaustive. » [5] Cette polarité « est là pour dénommer, pour recouvrir, pour métaphoriser ce qui reste d’insondable dans la différence sexuelle. […] En tant que telle, l’opposition masculin-féminin n’est jamais atteinte. » [6] « Ce qui a été mis au jour d’abord par l’expérience analytique, [c’est] que les voies de ce qu’il faut faire comme homme ou comme femme sont entièrement abandonnées au drame, au scénario, qui se place au champ de l’Autre – ce qui est proprement l’Œdipe. » [7]

Pas de socle biologique qui assurerait l’identité sexuée, pas de signifiant pour la nommer, ni d’image pour la représenter ; pas d’instinct pour faire couple. C’est ce que Lacan a formulé plus tard avec son axiome « il n’y a pas de rapport sexuel », ou comme un trou dans le savoir, un point de réel. Il faut en passer par les voies de l’Autre, les structures élémentaires du signifiant, du symbolique et de l’imaginaire, soit les semblants, pour s’assumer comme homme ou comme femme. « C’est le signifiant qui les fait homme ou femme », dira Lacan dans les Séminaires xviii et xx.

Ce qui reste insondable ne trouve pas sa réponse en termes d’identité ou d’être : sous cet angle, poser la question « qu’est-ce qu’est la femme ? » serait une voie en impasse. Freud déjà le disait : « il appartient à la nature même de la psychanalyse de ne pas vouloir décrire ce qu’est la femme – ce serait pour elle une tâche difficilement réalisable  ̶ , mais d’examiner comment elle le devient » [8].  Nous reviendrons sur ce « devenir femme ». Son fameux « continent noir » et sa question « Que veut la femme ? » indiquent la part de mystère laissée par son élaboration rigoureuse.

Lacan a exploré ce champ laissé en friche et « il a ouvert la voie à un autre discours sur les mystères du continent noir ». [9] Cette exploration est un parcours. Comme le formulait Éric Laurent dans un cours intitulé « Positions féminines de l’être », au pluriel, « il y a chez Lacan « des lectures plurielles, au long de son enseignement, des logiques de la position féminine » [10] ; le Séminaire Encore où il écrit les formules de la sexuation « n’est que l’aboutissement d’une longue mise en forme de la position féminine, abordée au-delà du complexe d’Œdipe. » [11] Lacan avance là du nouveau en allant au-delà de l’Œdipe et du phallus pour situer ce qu’il appelle la jouissance féminine. Son tableau de la sexuation articule deux logiques différentes, comme l’a mis en lumière Jacques-Alain Miller dans des cours ou articles qui seront ici une référence indispensable [12] : celle du tout et du pas-tout, l’une dite « masculine », l’autre « féminine ». Il s’agit de deux jouissances différentes, la jouissance phallique et la jouissance féminine, au-delà du phallus. Lacan dit de cette jouissance, qu’il appelle aussi Autre jouissance, qu’elle est une « jouissance qu’on éprouve et dont on ne sait rien » [13], elle ne peut être dite, elle est donc hors signifiant et hors savoir.

Cette formalisation, je le souligne, défait les frontières de l’évidence : le « côté homme » et le « côté femme » ne recouvrent aucunement la différence anatomique, ni les « rôles », pas plus que les individus. Lacan, par de discrètes notations, laisse entendre la dimension de choix et de contingence de cette inscription : « à tout être parlant il est permis, quel qu’il soit, qu’il soit ou non pourvu des attributs de la masculinité – attributs qui restent à déterminer – de s’inscrire dans cette partie » (féminine) [14], « il a le choix de… », « il peut arriver que… ». Autrement dit, une même femme peut parfois se situer côté tout et avoir à d’autres moments un rapport au pas-tout ; un homme peut parfois se situer côté femme ; Lacan prenait l’exemple de mystiques, mais on dit aussi parfois que dans la position d’analyste ou dans la passe, un homme se situe dans un rapport à S(A barré). Ne nous empressons donc pas d’identifier la femme lacanienne avec celle qui « aurait » la jouissance Autre !

Cette « dénaturation » voire « désubstanciation », culmine quand, dans son tout dernier enseignement, Lacan généralise ladite jouissance féminine à tout parlêtre, comme J.-A. Miller l’a éclairé pour nous depuis 2011. Cette jouissance muette qu’il a découverte dans la sexualité féminine, il en fait « le régime de la jouissance comme telle » [15], au-delà de la castration, non négativée, non limitée par le Nom-du-Père. Cet au-delà du phallus n’est donc plus spécifiquement « féminin », il concerne autant « les hommes » que « les femmes ». Ou disons plutôt, avec J.-A. Miller, qu’il ne s’agit plus d’un binarisme homme/femme. Il dit aussi que « la jouissance comme telle n’a pas le moindre rapport avec le rapport sexuel » [16]. Cette jouissance qui ne peut se dire et seulement à l’occasion s’éprouver, c’est « la jouissance réduite à l’événement de corps » [17], à la percussion de la langue sur le corps. Les formules de la sexuation étaient encore « une tentative héroïque de faire de la psychanalyse une science du réel comme l’est la logique. Mais cela implique une symbolisation du réel » [18]. À cet égard, cette logique et le binaire homme/femme sont déjà une « construction secondaire qui intervient après le choc initial du corps avec lalangue, qui constitue un réel sans loi ». [19] Le tout dernier enseignement de Lacan « s’avance vers : il n’y a pas de science du réel » [20]; il s’oriente sur un en-deçà de la logique, sur l’opacité d’une jouissance irréductible au sens, « jouissance opaque d’exclure le sens ». [21]

Donc, pas d’essence, ni même de substance spécifiquement « femme ». Je me pose alors un certain nombre de questions : quel est pour nous le statut de ce signifiant « femme » ? Que devient le binôme homme-femme ? Où situer le réel du sexe ? De quel corps s’agit-il ? La jouissance du Un de l’événement de corps est-elle au-delà de la différence des sexes ? Nous ne nions pas la différence sexuelle. Poser qu’elle est « insondable » n’est pas l’effacer. Nous ne disons pas la même chose que les théories du genre ou les théories queer ; je ne développe pas cela ici, mais je salue les travaux très précis de nos collègues sur la question [22]. Je vais pour ma part faire état de quelques aperçus et de quelques pistes. Je m’arrêterai d’abord aux diverses manières dont Lacan, et déjà Freud, ont situé cet « insituable », cet « insondable », rencontré au cœur de la sexualité féminine, puis j’en examinerai quelques conséquences. Chemin faisant, je ferai de nombreuses références aux textes de Lacan, Freud, J.-A. Miller, ainsi qu’aux travaux de collègues qui m’ont servi de point d’appui et dont chacun pourra s’inspirer.

Autre … à elle-même

Dissymétrie, et encore dissymétrie ; on la rencontre déjà chez Freud et chez Lacan, au-delà de l’apparente symétrie « côté homme, côté femme », tant dans les années cinquante dans son élaboration des rapports des deux sexes au phallus, que dans les années soixante-dix, avec les formules de la sexuation.

Freud et le « devenir femme »

Freud a décrit le « devenir femme » dans la perspective du phallus et de la castration. Sa conférence de 1932 sur « La féminité » est l’aboutissement d’un long cheminement et de remaniements importants, notamment après des discussions parfois enflammées de collègues femmes dont il discute les apports. À partir de sa thèse de 1923 du « primat du phallus », il arrive à la découverte de la « radicale dissymétrie, selon les sexes, du rapport entre complexe de castration et complexe d’Œdipe » [23]. Il ne prend pas comme prémisse un « à chacun son signifiant » ; le phallus est le signifiant unique à répondre de la différence sexuelle dans l’inconscient, dira Lacan dans « La signification du phallus » [24].

Freud part d’une « dissymétrie profonde entre la position masculine et la position féminine » [25]. Il articule les deux comme avoir et ne-pas-avoir et attire l’attention sur les « conséquences psychiques de la différence anatomique des sexes » [26], c’est-à-dire sur la manière dont elle est subjectivée : pour le garçon, la menace de perdre, pour la fille un « vouloir avoir », ce qu’il appelle « l’envie du pénis », le Penisneid (Neid en allemand, c’est une exigence !) : « D’emblée elle a jugé et décidé. Elle a vu cela, sait qu’elle ne l’a pas et veut l’avoir. » [27] Ce « moins », Lacan le traduira joliment comme « nostalgie du manque à avoir » [28]. Le devenir femme est en quelque sorte le traitement subjectif de ce constat de départ, un long processus parsemé d’embûches, compliqué, et jamais tout à fait réussi.

La fille a deux tâches de plus que le garçon : elle doit changer de zone (du clitoris, phallique, masculin, au vagin) et changer d’objet (de la mère au père). Ce transfert de la mère au père, qui constitue l’Œdipe féminin, est compliqué et ne se fait jamais une fois pour toutes. « Il ne s’agit pas d’un simple changement d’objet » note Freud [29], il y a un reste, indique Éric Laurent [30], il se solde par une haine envers la mère qui persiste longtemps et se manifeste par des plaintes et griefs multiples. Ce qu’elle n’a pas obtenu de sa mère, elle le demande alors au père : le désir de pénis est remplacé par le désir d’enfant. C’est ce qui instaure la « situation féminine » comme telle [31]. « Elle entre dans la situation oedipienne comme dans un port » [32] ; c’est du repos après un chemin difficile ! Elle s’y réfugie ; l’Œdipe ne sera aboli que lentement et même, jamais tout à fait. Le transfert suivant, du père au mari, paraît bien instable, il pâtira en outre du retour du reste de l’opération précédente : l’hostilité pour la mère « gagne le nouvel objet » [33]. On ne comprend rien à la femme si on ne prend pas en compte l’importance du lien pré-oedipien à la mère [34], découvre Freud. Sorte d’intuition qu’il s’agissait de quelque chose qui échappe au réglage de l’Œdipe ?

Ce qui frappe, c’est le côté inachevé et incertain de l’issue. Il n’y en a d’ailleurs pas qu’une seule, Freud en indique trois. La troisième, qu’il appelle « féminité normale » [35], est ce désir d’avoir un enfant. Étrange bricolage de « masculin » et de « féminin », pourtant, dont Freud lui-même ne manque pas de souligner le paradoxe : « C’est ainsi que l’ancien désir masculin de possession du pénis transparaît encore à travers la féminité accomplie. Mais peut-être devrions-nous plutôt reconnaître ce désir du pénis comme un désir féminin par excellence. » [36] C’est là « l’énigme de la femme » [37] ! On le constate : le « devenir » est compliqué, et le résultat, « femme », est tout sauf évident : devient-on jamais femme, finalement ?

Lacan, la femme et l’Autre

« Autre à elle-même » : la formule est de Lacan, dans son écrit « Propos directifs », qui pour la première fois met en valeur que la sexualité féminine va au-delà du phallus. Il préfigure sur plusieurs points ce qu’il développera plus tard dans son Séminaire Encore. Le parallélisme apparent dans l’abord de la dialectique de l’amour et du désir chez l’homme et chez la femme s’y complexifie notablement du fait que la femme l’excède. C’est la thèse centrale et le pivot du texte : « dans la dialectique phallocentrique, elle représente l’Autre absolu ». [38] Cela n’en fait pas une consistance, au contraire, puisqu’elle est « Autre à elle-même ». Mais elle a besoin d’un relais pour avoir ce rapport à cet Autre : « L’homme sert ici de relais pour que la femme devienne cet Autre pour elle-même, comme elle l’est pour lui. » [39] Pour l’homme aussi, elle est Autre. Cette « altérité du sexe » n’est-elle pas ce qu’il affirmera plus tard dans « L’étourdit » : « Disons hétérosexuel par définition, ce qui aime les femmes, quel que soit son sexe propre. » [40]

« Autre à elle-même » laisse entendre la dimension pas-toute, l’inconsistance qui, J.-A. l’a souligné à de multiples reprises, est à distinguer de l’incomplétude : « le pas-tout n’est pas un tout amputé d’une des parties qui lui revient. Le pas-tout veut dire que l’on ne peut pas former le tout. » [41] C’est ainsi qu’il commente cette phrase des « Propos directifs » : « Tout peut être mis au compte de la femme  ̶  c’est-à-dire tout et le contraire de tout  ̶  pour autant que, dans la dialectique phallocentrique, elle représente l’Autre absolu.  Qu’est-ce que cela désigne ? C’est le tout qui se réfère à l’inconsistance qui ne permet pas de former un tout pour dire ici il y a le vrai, ici il y a le faux. » [42] Le pas-tout de Lacan s’inscrit dans une structure d’infini.

Lacan distingue, selon les sexes, la forme fétichiste ou la forme érotomaniaque de l’amour – « et derrière ce mot d’amour il faut entendre le Liebe freudien, c’est-à-dire amour, désir et jouissance en un seul mot. » [43] Quand il aborde le versant femme [44], il n’en reste pas à une division amour/désir, propre à l’homme. Il décrit la dialectique de l’amour et de la jouissance comme une structure complexe, en chicane [45], une « structure d’au-delà » [46]. Il me semble que le « relais », c’est toute cette structure, tout l’ensemble de cette construction, qui se fonde sur une « duplicité » [47], dit Lacan : duplicité du sujet, souvent « masquée » [48] d’une part, et duplicité du partenaire, d’autre part : derrière l’apparente unité d’un même homme dont elle fétichise le pénis, se cache l’homme de l’amour, l’Autre de l’amour, « privé de ce qu’il donne » : « amant châtré » ou « incube idéal » [49]. Un Autre barré. En effet, remarque J.-A. Miller, « pour aimer il faut parler, […] c’est en parlant qu’on donne son manque-à-être. » [50] C’est cela que la femme « appelle » [51], un Autre qui lui parle. Là se situe la dimension érotomaniaque de l’objet. C’est alors de ce point « au-delà du voile », de là où elle reçoit la parole d’amour, que peut se produire la jouissance – dimension qu’évoque l’incube. Lacan la décrit ici comme « réceptivité d’étreinte qui a à se reporter en sensibilité de gaine sur le pénis » [52]. « Ce qui entoure, étreint le corps, le rend sensible, n’est-ce pas avant tout des paroles, des mots d’amour ? »[53] Ce circuit rend visible que « le mode de jouir féminin exige que le partenaire parle et aime, c’est-à-dire que l’amour est, pour elle, tissé dans la jouissance »[54]. Dans cette jouissance, qui est le résultat de ce relais, la femme devient Autre à elle-même, position qui n’est pas sans difficulté, remarque Lacan  ̶  d’un « ou bien, ou bien »,  pris « entre une pure absence et une pure sensibilité » [55]. Du point de vue corporel, il la décrit plus loin comme « jouissance enveloppée dans sa propre contiguïté » [56] ; une jouissance « plus diffuse, moins localisée dans l’organe, […] enveloppante pour le sujet », [57] non rompue par le signifiant [58]. Une jouissance impliquant le corps, donc, et d’autre part, un ailleurs, désigné comme « absence ». Cette formule ressemble à celle du Séminaire … Ou pire, où Lacan emprunte au poète Henri Michaux les mots « entre centre et absence » [59]  ̶  entre la fonction phallique et une absence qui est « jouissabsence », non phallique. Une jouissance « qui la fait quelque part absente d’elle-même, absente en tant que sujet », dira-il dans Encore. [60]

Venons-en à Encore et aux structures de la sexuation. Comme J.-A. Miller l’a particulièrement bien déplié, elles donnent « des formules des deux positions sexuelles en tant qu’elles sont séparées, distinctes. Elles ne donnent pas la formule du couple. » [61] C’est dire qu’elles n’écrivent pas un rapport de complémentarité ; le tableau se fonde plutôt sur le « pas de rapport sexuel » ! Elles indiquent « la forme différente que la jouissance reçoit d’être logée dans l’une ou l’autre de ces structures », jouissance localisable, finie, côté homme, jouissance non localisable, infinie, côté femme.

Si l’on regarde le tableau, on voit bien ces deux côtés distincts. Mais la répartition se complexifie du fait des flèches qui relient les termes et passent d’un côté à l’autre. La position féminine se fonde sur le La barré – il n’y a pas d’universel de la femme, on ne peut pas dire LA Femme. « La femme n’existe pas ». Le La barré écrit aussi qu’il n’y a pas de signifiant pour dire l’être de la femme ; « il n’y a de femme qu’exclue par la nature des choses qui est la nature des mots. » [62] De ce La barré partent deux flèches, l’une reste du même côté et va vers S(A barré), l’autre passe côté homme vers grand phi. La femme « se dédouble », dit Lacan, entre un rapport au phallus et « quelque chose en plus », une « jouissance au-delà du phallus » [63]. « D’être pas-toute, elle a, par rapport à ce que désigne de jouissance la fonction phallique, une jouissance supplémentaire ». [64] Le « dédoublement » est absent du côté homme, notons-le ; là s’inscrit seulement le rapport du sujet barré à l’objet petit a, qui rate l’Autre. La dissymétrie est nette ; côté femme il y a non seulement ce « dédoublement », mais aussi un rapport particulier à l’Autre.

L’Autre auquel la femme a rapport est « radicalement l’Autre » ; c’est pourquoi Lacan l’écrit S(A barré) – qui est le signifiant de ce qui n’a pas de signifiant. La jouissance supplémentaire, féminine, est située entre ce La barré et ce S(A barré), entre « ce elle qui n’existe pas et ne signifie rien » et ce lieu de l’Autre hors signifiant. [65] Elle ne peut être dite. Elle la rend « absente à elle-même » [66]. La femme a alors un rapport à « l’Autre absolu » [67], à ce qui n’a pas de limite. Il précise : « Il y a une jouissance à elle dont peut-être elle-même ne sait rien, sinon qu’elle l’éprouve – ça, elle le sait. Elle le sait, bien sûr, quand ça arrive. Ça ne leur arrive pas à toutes. » [68] On ne peut mieux dire le caractère contingent de cette jouissance. On ne s’y installe pas ! On ne l’obtient pas comme un trophée ! Elle est plutôt de l’ordre de l’événement. À un moment incalculable elle peut surgir – comme dans les séries lawless que décrit J.-A. Miller [69] ou tel ce « moment Médée », « quand surgit le ̏de la femme˝ tapi dans la mère » [70].

J’ai évoqué jusqu’ici diverses figures de l’Autre à elle-même, sans m’arrêter à d’autres notations fulgurantes de Lacan, qui peuvent sembler parfois les contredire. Quelle surprise par exemple de lire dans le Séminaire L’angoisse : « la femme ne manque de rien » ! [71] C’est renverser la doxa ! Son chemin vers le désir est bien plus facile que pour l’homme, dit alors Lacan. Et que peut bien signifier qu’elle est « plus réelle » [72] ? Il nous faudra déchiffrer tout cela.

Dès le Séminaire III, Lacan souligne la difficulté de la « réalisation subjective » chez la femme, étant donné le caractère de « trou » et le « défaut de symbolisation » du sexe féminin. « Devenir une femme et s’interroger sur ce qu’est une femme sont deux choses essentiellement différentes. […] c’est parce qu’on ne le devient pas qu’on s’interroge, et jusqu’à un certain point, s’interroger est le contraire de le devenir. […] Sa position est essentiellement problématique, et jusqu’à un certain point, inassimilable. » [73]

Il nous faut explorer les conséquences de cet « inassimilable », comment une par une, les femmes le traitent, elles y répondent et en répondent. Sans jamais écraser ce « une par une », Lacan a indiqué au cours de son enseignement ce que j’appellerais des structures de réponses : par exemple, l’hystérie, qui apparaît comme un mode de traitement de « La femme n’existe pas » [74], l’identification à l’Autre femme, et bien d’autres aspects que je ne développerai pas ici. À partir de cet « inassimilable », je choisis d’esquisser trois interrogations qui sont miennes : la maternité, le « prétendu masochisme féminin » et les fins d’analyse au féminin.

 

Mère ou femme ?

La maternité serait-elle une façon de recouvrir l’absence d’essence de la femme ? Ne révèlerait-elle pas parfois aussi le « sans fond » de la femme ?

On se souvient que Freud voyait dans la maternité un destin possible du Penisneid (l’envie du pénis devenant désir d’enfant) et un « désir féminin par excellence », faisant ainsi quasi s’équivaloir, en tout cas idéalement, ladite « féminité normale » avec le devenir mère. Lacan distingue les deux versants « mère » et « femme ». Encore une fois, comme je le soulignais pour « homme » et « femme », il s’agit de positions et non de « personnes ». Comment dès lors penser l’articulation des deux versants ?

L’opposition Mère/Femme est devenue notre doxa : la mère est celle qui a, la femme est celle qui n’a pas. C’est une boussole très solide, que J.-A. Miller nous a donnée dans des contributions mémorables [75], qui apportent aussi quelques nuances ; celles-ci comptent car si on applique la formule à l’aveugle, on devient éléphant dans un magasin de porcelaine ! Cette thèse se comprend dans la perspective phallique, en rapport avec la castration – le Penisneid est le nom du complexe de castration féminin, qui a une « fonction de nœud » dans l’assomption de son sexe. [76] Mais il me semble que tout n’est pas d’ordre phallique dans l’être mère. La frontière Mère/Femme, du coup, se fluidifie.

Dès le début de l’enseignement de Lacan, nous trouvons des indications selon lesquelles le binaire ne se résorbe pas dans la dimension phallique. Dans ses « Propos directifs », au détour d’une phrase Lacan signale qu’il faut « […] interroger si la médiation phallique draine tout ce qui peut se manifester de pulsionnel chez la femme, et notamment tout le courant de l’instinct maternel. » [77] Il vient de critiquer les théories postfreudiennes qui obscurcissent la question de la sexualité féminine en mettant en leur centre la relation mère-enfant, la Mère avec majuscule devenant le nom du point d’origine du développement, comme Marie-Hélène Brousse l’a mis en évidence [78]. Pour Lacan, la mère n’existe pas sans le père, sans le phallus… et pas sans la femme. C’est ce qui apparaît dès le Séminaire iv avec la figure de la « mère inassouvie », quaerens quem devoret, sur laquelle J.-A. Miller a attiré notre attention [79]. Malgré tout l’effort de l’enfant à se faire phallus « pour satisfaire ce qui ne peut pas être satisfait, à savoir ce désir de la mère qui, dans son fondement, est inassouvissable » [80], il est insuffisant à combler le manque qui est le partenaire de la mère en tant que femme. Ici, le désir de la mère (écrit DM dans la métaphore paternelle) « renvoie à la mère en tant que femme », précise J.-A. Miller [81], à « l’insatisfaction constitutive du sujet femme ». On pourrait dire que le substitut phallique (l’enfant) ne calme pas la nostalgie du manque à avoir, ni la voracité de la mère-crocodile que Lacan évoquera plus tard, dans son Séminaire xvii. Cette « mère inassouvie » n’est-elle pas une indication selon laquelle la mère n’est pas seulement celle qui a mais qu’il y a de la femme dans la mère ?

« Tel est précisément le scandale – la mère est une femme » et elle « n’est adéquate à sa fonction qu’à la condition de rester une femme », c’est-à-dire « de n’être pas toute à ses enfants ». C’est ainsi que J.-A. Miller rend « un peu labyrinthique » l’antinomie mère/femme [82]. Il faut que son désir « diverge », soit appelé ailleurs ; alors, dit-il, l’objet enfant ne comble pas la mère mais « divise chez le sujet féminin la mère et la femme » [83].

On reconnaît là les termes de la « Note sur l’enfant » de 1969, dont on retient le plus souvent que si l’enfant est l’objet qui comble, c’est la marque de la psychose. Or, à la fin du texte, Lacan généralise le statut de l’enfant comme objet a et indique que pour une femme, il revient dans le réel, à la différence du « sujet masculin » : « Bref, l’enfant dans le rapport duel à la mère lui donne, immédiatement accessible, ce qui manque au sujet masculin : l’objet même de son existence, apparaissant dans le réel. » [84] J’ai trouvé très précieux les commentaires d’É. Laurent de cette phrase qui me paraissait un peu énigmatique. Cette apparition à l’extérieur d’elle-même peut expliquer le postpartum psychotique mais c’est en fait ce qui se passe toujours à la naissance d’un enfant, qui est un moment subjectif difficile pour une femme, quelle que soit sa structure [85]. Toute une série de phénomènes se produisent dans cette zone, qui font que les « relations passionnelles et passionnées qui lient mère et enfant sont difficiles à saisir » et à « réduire aux catégories névrose, psychose et perversion [86]. »

Par la suite, Lacan évoquera toujours l’enfant comme objet a, et en relation à la femme plutôt qu’à la mère [87], que ce soit dans le Séminaire « R.S.I. » – une femme, objet a pour un homme, a elle-même ses objets a, les enfants [88] – ou dans le Séminaire « Encore » : « À cette jouissance qu’elle n’est pas-toute, c’est-à-dire qui la fait quelque part absente d’elle-même, absente en tant que sujet, elle trouvera le bouchon de ce a que sera son enfant. » [89] Ici le versant « mère » s’écrirait côté « tout » (S barré -> a) du tableau de la sexuation, il s’articule à la jouissance féminine en faisant limite à la jouissance illimitée.

Cette limite peut sauter, comme l’illustre l’exemple extrême de Médée, qui rappelle à l’homme toujours endormi que « la féminité ne s’éteint pas dans la maternité » [90]. Sans doute n’est-ce pas toujours aussi extrême, mais ne pourrait-on pas dire qu’il y a des moments de jouissance féminine chez les mères, dans le rapport à leur enfant ou à leur propre corps ? Dans le volume Etre mère [91] – qui accompagnait les 44e Journées de l’ecf – plusieurs auteurs soulignent le « sans limites » pouvant surgir de diverses manières dans la maternité ; cela va de la perte de tout repère, de ceux du corps même dans l’accouchement, à la course folle que devient parfois le désir d’enfant dans les pma. Ainsi Esthela Solano-Suarez écrit-elle : « Une femme, parce qu’elle est femme, devenant mère, loin de trouver une satisfaction apaisée dans son rapport à l’enfant, objet de son désir, peut en revanche faire l’expérience du ravage, étant engloutie, déportée d’elle-même, par une jouissance folle, énigmatique, hors sens. » [92] L’enfant est vécu comme un objet étranger qui la dépouille de tout et elle « se vit comme expulsée et en dehors d’elle-même, et délogée de sa place elle se sent aspirée par un pur vide, un trou. Absente à elle-même, elle devient la proie d’une souffrance sans limites, dévastatrice, d’un ravage. » [93]

Douleur, ravissement et ravage, voilà des termes que nous associons à la jouissance féminine telle que Lacan l’a caractérisée : sans limite, on l’éprouve et on ne peut rien en dire. Lacan a parlé une fois, dans « L’étourdit » en 1972, du ravage dans la relation mère-fille : il note que l’idée de Freud selon laquelle la femme se sent bien dans l’Œdipe parce que la castration était là chez elle au départ, « contraste douloureusement avec le fait du ravage qu’est chez la femme, pour la plupart, le rapport à sa mère, d’où elle semble bien attendre comme femme plus de substance que de son père […]. » [94] La fille attend, elle attend quelque chose qui concerne la « femme » – est-ce sa mère, ou est-ce elle-même, en tant que femme – et qui lui donnerait « plus de substance » ; là où il n’y a pas de signifiant à transmettre, veut-elle quelque chose qui lui donne corps et qui concerne cette jouissance indicible ? Où est le ravage, est-ce cette haine spéciale que Freud constatait dans le rapport « pré-oedipien » à la mère ? Est-ce l’aperçu insupportable de l’écart mère/femme, d’une jouissance étrange chez sa mère qui excède la limite de la Loi ? Est-ce un rapt de corps ? Cette phrase a suscité des commentaires pointus et originaux de plusieurs de nos collègues [95], à lire et à méditer, elle mérite certainement que l’élucidation se poursuive.

Le « prétendu masochisme féminin » : jouissance, amour, ravissement, ravage

Si l’être de la femme ne peut se saisir par le signifiant, s’il est rejeté du symbolique, forclos [96], ne pourrait-on l’épingler du côté d’une jouissance qui lui serait propre ? Ledit masochisme féminin serait-il une tentative de nommer cette part sombre qu’on lui impute, d’un plaisir pris à la souffrance ?

Freud le premier a introduit la notion de masochisme féminin. Deux articles sont importants à cet égard : « On bat un enfant » de 1919 et « Le problème économique du masochisme » de 1924. Entre les deux, en 1920, il écrit « Au-delà du principe du plaisir » où il introduit la pulsion de mort. J’essaie de situer rapidement l’enjeu de ces textes fréquemment et diversement commentés par Lacan. É. Laurent les a étudiés dans son cours et en a montré les répercussions sur les débats polémiques du milieu analytique de l’époque ; il a montré aussi comment Lacan, tout en abordant les phénomènes cliniques regroupés sous ce nom, les a éclairés à l’aide d’autres concepts, notamment la « privation », en lui préférant finalement le terme de « ravage ».

Lorsqu’il analyse en 1919 le fantasme de fustigation dans des cas de femmes, Freud ne parle pas encore de masochisme féminin, mais il s’agit bien d’une question de jouissance (de satisfaction libidinale). C’est une énigme [97] pour Freud : comment ce fantasme d’allure sadique est-il « devenu la possession désormais durable de l’aspiration libidinale de la petite fille ? » [98] La question est interprétée en termes d’amour, cadrée par l’Œdipe : le deuxième temps du fantasme, « indubitablement masochiste », « je suis battue par le père », reconstruit, jamais remémoré, signifie « il n’aime que moi » [99]. Freud précise encore que la culpabilité liée au désir d’être l’objet du désir du père se traduit par l’énoncé de l’étape précédente, « battre », qui comporte aussi le sens d’une punition. Ces ingrédients – plaisir, culpabilité, punition – se retrouvent en 1924 en un « problème » ou une énigme concernant la jouissance : comment la pulsion trouve-t-elle sa satisfaction dans la douleur et non dans le plaisir ? Cette fois, Freud lie le masochisme à la pulsion de mort. Le masochisme féminin est une des trois formes du masochisme. Freud ne l’aborde pas sans précaution, l’expression « masochisme féminin » n’est d’ailleurs pas sans difficulté – il nomme de la sorte a poteriori – ce qui veut dire « malgré la difficulté » – la « position caractéristique de la féminité » présente dans les fantasmes masochistes, qui ont le sens de « subir le coït, accoucher, être castré » [100]. Où l’on voit qu’il reste prisonnier de l’imaginaire du « passif » que pourtant il dénonce. Une petite phrase plus péremptoire est encore plus problématique, lorsqu’il fait du masochisme une « expression de l’être de la femme » [101]. C’est autour de cette notion d’être de la femme que se concentre le débat, déjà du temps de Freud. C’est aussi le point que Lacan ne cessera de contester.

Tout au long de son enseignement, Lacan dénonce cette notion de masochisme féminin ; il prend ses distances notamment en parlant de « prétendu masochisme féminin ». « Prétendu » introduit une nuance de fake, de quelque chose dit à tort. Cela n’est pas sans m’évoquer « l’impropriété conceptuelle » dont il qualifie la notion de contre-transfert [102]. Ce n’est sans doute pas un hasard s’il parle aussi de « la prétendue frigidité » [103]. Ces deux thèmes sont très en vogue chez certains disciples de Freud, surtout des analystes femmes, comme Hélène Deutsch, dont un article célèbre de 1929 est intitulé « Le masochisme féminin et sa relation à la frigidité ». [104]  Dans cette page d’Encore, il se moque de la façon dont les analystes ont essayé d’approcher « cette autre jouissance que clitoridienne, qu’on appelle comme on peut, vaginale […] et autres conneries », cette autre jouissance qu’il essaie, lui, d’aborder par la vie logique. Cette jouissance, « si simplement elle l’éprouvait et n’en savait rien, ça permettrait de jeter beaucoup de doutes du côté de la fameuse frigidité. » [105] Il ne s’agit pas de rabattre la sexualité féminine sur la satisfaction génitale (ou son absence) [106], Lacan subvertit complètement la question en posant que « la jouissance féminine supplémentaire n’est pas saisissable par la mesure phallique, elle l’excède. » [107] De la même manière, ledit masochisme féminin obscurcit la question, il introduit de la confusion, une « erreur de perspective », c’est un fantasme masculin, répète-t-il [108]. Il est la trace de « l’au-delà inentamé de la jouissance féminine » ; « quelque chose qui va plus loin que l’alibi phallique […] reste infiniment au-dehors » [109].  Lacan dit même (en 1964) que « c’est complicité de notre part que de le soutenir ». Il ajoute que les femmes-analystes n’ont rien fait pour y parer. « Il est tout à fait frappant de voir que les représentantes de ce sexe dans le cercle analytique sont spécialement disposées à entretenir la créance basale au masochisme féminin. Sans doute y a-t-il là un voile qu’il convient de ne pas soulever trop vite, concernant les intérêts du sexe. » [110] Y aurait-il donc là un point dont les femmes, et même les analystes femmes, ne … veulent rien savoir ? Ou ne peuvent rien dire ? Il y reviendra dans Encore : on les supplie à genoux, mais « motus ! On n’a jamais rien pu en tirer. » [111] Mais, dit Lacan, « il doit y avoir à ça une raison interne, liée à la structure de l’appareil de la jouissance. » [112]

C’est par rapport à cette jouissance au-delà du phallus qu’à la suite de Lacan, nous pouvons saisir une série de phénomènes qui témoignent d’une structure commune, propre au côté femme, le rapport au « grand Autre barré, le pas-tout au sens du sans-limite. » [113] Ou encore, le rapport particulier avec le rien : « Nous appelons femmes ces sujets qui ont une relation essentielle avec le rien », dit J.-A. Miller [114]. Ce « rien », écrit Clotilde Leguil, « est un signifiant qui dit l’absence de signifiant pour dire La femme » [115].

Une femme a un rapport particulier avec cette absence. Comment va-t-elle y répondre ? Elle peut en faire des choses différentes, comme le décrit J.-A. Miller : chercher une « solution du côté de l’avoir » ou « du côté de l’être », elle peut aussi agir avec ce rien, comme Médée, qui va jusqu’à « sacrifier ce qu’elle a de plus précieux pour creuser en l’homme un trou qui ne pourra pas se refermer » [116]. Une femme peut aller très loin, « elle est capable d’aller jusqu’au ne-pas-avoir et de se réaliser comme femme dans le ne-pas-avoir. » [117]

É. Laurent éclaire ces phénomènes à partir de la « privation ». Une femme peut « aimer passionnément le rien », c’est une passion mortifère qui peut tout engloutir. C’est un « excès de privation ». Dans l’amour, elle peut « tout donner pour être tout », s’arracher ses objets, transformer son avoir en être. Et cela bascule quand le sujet s’aperçoit qu’il n’est plus rien pour l’autre et se retrouve déchet, vide [118]. Sur ce point, il fait une distinction intéressante entre ce qu’il appelle « la fausse solution du masochisme féminin », qui relève encore d’une logique du tout, et la « position féminine », qui n’est pas celle du tout ou rien mais d’être « Autre pour un homme qui se situe, lui, à partir du trait phallique. » [119]

C’est particulièrement dans son rapport à l’amour que l’illimité et l’excès se produisent ; dans ce que Lacan a appelé ravage ou ravissement. Il a interrogé la « pulsion de mort au féminin », comme l’appelle Dominique Laurent [120], à travers une série de figures de « femmes qui dépassent les bornes », chacune à sa manière, et qui relèvent de ce qu’il a appelé « folie féminine » et non pas « masochisme ».

À la toute fin de ses conférences au Brésil en 1998 – la même année qu’« Un répartitoire sexuel » – publiées sous le titre « L’os d’une cure », J.-A. Miller lance une interprétation percutante du masochisme féminin :

« Si nous avions le temps de les développer, ces petits schémas permettraient de montrer en quoi le masochisme féminin n’est qu’une apparence. Le secret du masochisme féminin est l’érotomanie parce que ce n’est pas qu’il me batte qui compte, mais que je sois son objet, que je sois sa partenaire-symptôme, et c’est tant mieux, même si ça me ravage. » [121]

Dans les pages précédentes, il décrit, petits exemples à l’appui, cette logique du « partenaire-symptôme » : « la jouissance se produit dans le corps de l’Un par le moyen du corps de l’Autre » [122], logique qui conjoint les structures de la sexuation du Séminaire xx – jouissance localisable, finie, côté homme, jouissance non localisable, infinie, côté femme – et les deux formes de l’amour, fétichiste et érotomaniaque, de 1958.

Je retiens ici un point, ouvrant à deux questions : le « rôle central de la demande d’amour qui joue, dans la sexualité féminine, un rôle sans équivalent côté masculin. » Cette demande a un caractère absolu, une « visée d’infini » [123], elle porte au-delà de toute preuve sur l’être du partenaire : « Le mode de jouir féminin exige que le partenaire parle et aime » [124], note J.-A. Miller, et certaines femmes sont prêtes à supporter reproches, voire insultes, « pourvu qu’il leur parle » [125]. La structure pas-tout, d’illimité, caractérisant côté femme le mode de jouir du corps, et déterminant la structure pas-tout du partenaire (A barré), fait que « le partenaire-symptôme devient le partenaire-ravage » [126] – comme Lacan l’avançait dans son Séminaire xxiii [127]. Le ravage et l’amour apparaissent ici comme l’endroit et l’envers du rapport au partenaire, de structure « le ravage est l’autre face de l’amour » [128]. Ma première question est alors : s’il est de structure, sort-on jamais du ravage ? Quelle est sur ce point l’incidence, la visée, de l’opération analytique ?

L’homme est le partenaire-ravage « pour le meilleur et pour le pire », dit J.-A. Miller. Le ravage, c’est la dévastation sans limite. Mais dans « ravage » et « ravir » résonne aussi le « ravissement ». « L’homme peut être un ravage pour une femme, mais aussi le moyen de son ravissement. » [129] Serait-ce là « le meilleur » ? Ravage/Ravissement : quel rapport ? Quelle marge, étroite sans doute, les sépare ? Leur dénominateur commun est en tout cas leur rapport à l’illimité et à l’indicible.

Ce n’est pas « il me bat » qui compte – c’est là l’apparence de masochisme – mais bien cette structure de l’érotomanie féminine, qui fait que du partenaire dont elle exige qu’il soit un Autre barré, une femme se fait l’objet, le symptôme. Et « c’est tant mieux, même si ça me ravage » : c’est-à-dire qu’elle en jouisse ? Que cela la satisfasse ? Qu’elle sache y faire avec ?

Fins d’analyse au féminin ?   

Au terme de ce parcours, j’en viens donc à interroger la visée et l’impact d’une analyse par rapport au mode de jouissance.

Dans « Analyse avec fin et analyse sans fin », en 1937, Freud indiquait un point de butée indépassable qu’il préférait appeler « refus de la féminité » plutôt que « protestation virile » comme Adler [130]. Ce refus est un « comportement à l’égard du complexe de castration » et vaut aussi bien pour les hommes que pour les femmes, même s’il ne vient pas à la même place. On a l’impression que « l’on ̎ prêche aux poissons ̎ […] lorsqu’on veut inciter les femmes à abandonner leur désir de pénis comme irréalisable, et lorsqu’on voudrait convaincre les hommes qu’une position passive envers l’homme n’a pas toujours la signification d’une castration » [131]. Les conséquences sont lourdes, elles entravent le succès de la cure, elles minent le transfert.

« Pour Lacan, cette butée n’est pas un destin » [132], écrit Rose-Paule Vinciguerra. En élaborant la logique de la sexuation au-delà de l’Œdipe et de la castration, il transforme l’impasse en passe possible. Plutôt qu’un « refus de la féminité », quel autre rapport au féminin une analyse menée à son terme rend-elle alors possible ? De tout ce qui précède on ne peut que déduire qu’il ne s’agit pas d’obtenir pour la femme une essence – dont la fin de l’analyse donnerait la quintessence. La fin d’une analyse serait la réalisation d’une femme comme femme dans la jouissance féminine enfin trouvée… On entend parfois les résonances d’un tel rêve. Voilà bien un fantasme hystérique, dirais-je [133] pour faire écho à Lacan pour qui le masochisme féminin est un fantasme masculin ! Dans les témoignages d’ae – femmes et hommes – et les travaux sur la passe, on rencontre des expressions plus prudentes, telles que « s’approcher », « entrevoir », « ouvrir à » « une position féminine », à « la part femme », ou encore « l’irruption du féminin ». Qu’entend-on par-là ? Et est-ce la même chose pour tout parlêtre ?

Je retrouve ma question initiale sur la différence sexuelle et le binôme homme-femme. Y a-t-il une spécificité de l’analyse des femmes, et en particulier de leur fin ? D’après les travaux des ae et des cartels de la passe dans l’amp dans les années 90, oui. Prenons par exemple les « Leçons cliniques de la passe » dans le volume Comment finissent les analyses ? L’un des deux rapports met l’accent sur la prépondérance de la question de l’amour chez les femmes et ses répercussions sur le transfert [134]. Dans l’autre on peut lire : « il a fallu prendre en compte l’incidence de la sexuation du sujet sur le style du témoignage. Un homme et une femme ne terminent pas leur analyse de la même façon, ce truisme s’impose. » [135] La distinction est développée plus amplement à partir de « leur rapport différent au fantasme et à la consistance qu’il implique » [136]. Sexuation et fin d’analyse, difficulté de la fin d’analyse hystérique, difficulté d’être Autre à elle-même, difficulté du rapport à l’Autre jouissance et au surmoi féminin, affinité ou non de la position de l’analyste et de la position féminine, autant de questions abordées dans les publications de ces années-là. Elles restent d’actualité, même si l’accent s’est déplacé depuis.

L’accent s’est déplacé sur l’au-delà de la traversée du fantasme et sur le sinthome comme événement de corps, dans la perspective de « la jouissance du symptôme opaque d’exclure le sens » [137]. Nous revoici au tout dernier enseignement de Lacan. J.-A. Miller en tire les conséquences pour la conceptualisation de la fin de l’analyse et de la passe et souligne « l’écart prodigieux » [138] entre la « passe du fantasme » de 1967, et la « passe du sinthome », « passe du parlêtre » ou encore « outrepasse » [139]. Là, le dernier Lacan reprend une autre butée signalée par Freud en 1937. Outre l’existence d’un refoulement originaire irréductible, Freud pose que l’analyse n’arrive jamais à une « maîtrise pulsionnelle ». La « force pulsionnelle », le fameux « facteur quantitatif de la force pulsionnelle » résiste aux efforts du Moi. Donc « il y a toujours des manifestations résiduelles », des restes de premières fixations libidinales. Parler de restes symptomatiques ne signifie pas qu’ils n’ont pas été assez ou mal analysés ! « Nous leur donnons un tout autre statut », dit J.-A. Miller : « Sous le nom de restes symptomatiques, Freud a buté sur le réel du symptôme, sur ce qui, dans le symptôme, est hors sens. » [140] L’expérience analytique se prolonge au-delà de la traversée du fantasme et met l’analysant aux prises avec ce qui de sa jouissance ne fait pas sens, ne se résorbe pas dans le signifiant, avec ce qui reste au-delà de la chute de l’objet a : aux prises avec l’Un de jouissance [141] qui itère : un, un, un – itération à distinguer d’une répétition symbolique de la chaine signifiante avec ses lois. Cet Un qui itère, J.-A. Miller le met en rapport avec la percussion de lalangue sur le corps, avec le traumatisme de la langue et il reprend à ce propos la définition de Lacan (qu’on ne trouve qu’une fois, dans son écrit sur Joyce) du symptôme comme événement de corps [142]. C’est là le réel du symptôme, ce que Lacan nomme sinthome, qui est « ce qui arrive au corps du fait de lalangue » [143]. Dans une analyse, donc, certes on déchiffre les symptômes, mais c’est pour viser le réel du symptôme, au-delà du sens, en deçà de la dialectique du désir et de l’amour [144].

Comment s’articulent événement de corps, jouissance féminine et ravage ? Allons lire un par un les témoignages des Analystes de l’École, ils pourront nous enseigner sur ce point. Plusieurs fois j’ai constaté qu’une analyse de femme, débutant avec « ma question de femme », mène à une forme de déflation de La Femme, à une « désidentification » [145], qui ouvre l’accès à un autre registre, indexé par une nomination inédite, qui elle-même peut en produire d’autres, non définitives, dont la fonction pourrait bien être de faire bord à un illimité.

Où je retrouve ma question de la sortie possible du ravage. Si le ravage est l’envers de l’amour, que devient la demande d’amour infinie ? L’expérience de la passe montre qu’il arrive que l’attente de trouver substance de la parole d’amour puisse cesser. On cesse d’y croire. Comme on se passe de la croyance en la femme, qui, comme le formule É. Laurent, « peut prendre la forme d’être la seule pour un homme » [146].  Que devient alors l’amour ? Sans croyance, sans attente ? La rencontre [147] plutôt que le programme ? Non pas renoncer à l’amour, se mettre à l’abri, mais prendre le risque, assumer de longer les bords de ce qui soudain peut s’avérer un ravin ? Un savoir y faire, qui ne se garantit pas d’un nom définitif de son symptôme, qu’il n’y a pas ; une boussole trouvée en ayant approché sa singularité irréductible ; un pas toujours à refaire. Solution instable, donc. Par rapport à un réel inassimilable, on invente au quotidien.

 

 

[1] Lacan J., « Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 731.

[2] Lacan J., « La signification du phallus », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 685.

[3] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Les divins détails », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, leçon du 15 mars 1989, inédit.

[4] Lacan J. « Propos directifs…», op. cit., p. 731.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre xi, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 186.

[6] Ibid., p. 175.

[7] Ibid., p. 186.

[8] Freud, S., « La féminité », Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1984, p. 156.

[9] Leguil C., « Lacan, messager de la féminité », Ornicar?, Paris, Navarin, n° 52, novembre 2018, p. 7.

[10] Laurent É., « Positions féminines de l’être. Du masochisme féminin au pousse à la femme », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, leçon du 9 décembre 1993, inédit. Quelques parties de ce cours 1992-93 ont été publiées dans La Cause freudienne, n° 24, et dans Quarto, n° 90.

[11] Ibid.

[12] Miller J.-A., « Des semblants dans la relation entre les sexes », La cause freudienne, Paris, Navarin/Seuil, n° 36, mai 1997 et Miller J.-A., « Un répartitoire sexuel », La cause freudienne, Paris, Navarin/Seuil, n° 40, janvier 1999.

[13] Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 71.

[14] Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, op. cit., p. 74.

[15] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Être et l’Un », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris viii, leçon du 2 mars 2011, inédit.

[16] Ibid., leçon du 23 mars 2011, inédit.

[17] Ibid., leçon du 2 mars 2011, inédit.

[18] Miller J.-A, « Le réel au XXIe siècle. Présentation du thème du IXe Congrès de l’AMP », La Cause du désir, Paris, Navarin, n°82, octobre 2012, p. 94.

[19] Ibid., il précise : « Mais cela ne peut se faire sans emprisonner la jouissance dans la fonction phallique, dans un symbole. Cela implique une symbolisation du réel, de se référer au binaire homme-femme comme si les êtres vivants pouvaient être répartis si nettement, alors que nous voyons déjà, dans le réel du xxie siècle, un désordre croissant de la sexuation. »

[20] Miller J.-A., « Semblants et sinthomes. Présentation du thème du VIIe congrès de l’AMP », La Cause freudienne, Paris, Navarin, n° 69, septembre 2008, p. 130.

[21] Lacan J., « Joyce le Symptôme », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 570.

[22] Je renvoie en particulier à l’ouvrage collectif sous la direction de F. Fajnwaks et C. Leguil, Subversion lacanienne des théories du genre, Éditions Michèle, Paris, 2015.

[23] Hamon M.-C., « Freud et l’Oedipe de la fille », Ornicar?, Paris, Navarin, n° 41, avril-juin 1987, p. 35.

[24] Lacan J., « La signification du phallus », op. cit;

[25] Laurent É., « De la disparité dans l’amour », Quarto, Revue de psychanalyse publiée en Belgique, École de la Cause freudienne, n° 92, août 2008, p. 16.

[26] Freud S., article de 1925, intitulé « Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes », La vie sexuelle, Paris, puf, 1969.

[27] Freud S., op. cit., p. 127.

[28]  Lacan J., « La signification du phallus », op. cit., p. 694.

[29] Freud S., « La féminité », op. cit., p. 163.

[30] Laurent É., « Après la répétition », La cause freudienne, Paris, Navarin/Seuil, n° 40, janvier 1999, p. 29-30.

[31] Freud S., « La féminité », op. cit., p. 171-172.

[32] Ibid., p. 173.

[33] Ibid., p. 178.

[34] Ibid., p. 160.

[35] Ibid., p. 169.

[36] Ibid., p. 172.

[37] Ibid., p. 176.

[38] Lacan J., « Propos directifs…», op. cit., p. 732.

[39] Ibid.

[40] Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 467.

[41] Miller J.-A., « Un répartitoire sexuel », op. cit., p. 15.

[42] Miller J.-A., « Un répartitoire sexuel », op. cit., p. 15-16. Sur l’inconsistance voir aussi : Miller J.-A., « L’homologue de Malaga », La Cause freudienne, Paris, Navarin/Seuil, n° 26, 1994.

[43] Miller J.-A., « Un répartitoire sexuel », op. cit., p. 24.

[44] Lacan J., « Propos directifs…», op. cit., p. 733.

[45] Laurent É, « Positions féminines de l’être », La Cause freudienne, Paris, Navarin/Seuil, n° 24, 1993.

[46] Structure d’au-delà dont parlait Jacques -Alain Miller dans ses cours précédant le « Répartitoire », dans « Le partenaire symptôme », cours au Département de psychanalyse de Paris VIII, 1997-98.

[47]Guéguen P.-G., « Des femmes et du phallus », Quarto, n°97, avril 2010, p. 18-19. Il remarque le double sens de « duplicité » ici : «dédoublement » mais aussi « caractère d’une personne qui feint », « mensonge » qui divise une femme.

[48] Lacan J., « Propos directifs…», op. cit., p. 734.

[49] Ibid., p. 733.

[50] Miller J.-A., L’os d’une cure, Paris, Navarin, 2018, p. 81.

[51] Lacan J., « Propos directifs », op. cit., p. 733 : « pour y appeler son adoration » ; ou p. 736 : « les appelants du sexe »…

[52] Ibid.

[53] La Sagna Ph., « L’élaboration de la solitude », La Cause freudienne, n° 40, janvier 1999, p. 48.

[54] Miller J.-A., L’os d’une cure, op.cit., p. 78.

[55] Lacan J. « Propos directifs… », op. cit., p. 733.

[56] Ibid., p. 735.

[57] Laurent É., « Les deux sexes et l’Autre jouissance », La Cause freudienne, Paris, Navarin, n° 24, 1993, p. 4.

[58] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. De la nature des semblants », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris viii, leçon du 25 mars 1992, inédit.

[59] Lacan J., Le Séminaire, livre xix, «… ou pire », texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2011, p. 121.

[60] Lacan J., Encore, op. cit., p. 36.

[61] Miller J.-A., « Un répartitoire sexuel », op. cit., p. 21-22.

[62] Ibid., p. 68.

[63] Lacan J., Encore, op. cit., p. 69.

[64] Ibid., p. 68.

[65] Ailleurs dans le Séminaire elle est aussi désignée par S(A/), p. 78.

[66] Lacan J., Encore, op. cit., p. 36.

[67] Lacan J., « Propos directifs… », op. cit., p. 732. Et Encore, p. 75 : « D’être dans le rapport sexuel, par rapport à ce qui peut se dire de l’inconscient, radicalement l’Autre, la femme est ce qui a rapport à cet Autre. »

[68] Lacan J., Encore, op. cit., p. 69.

[69] Miller J.-A., « L’homologue de Malaga », La Cause freudienne, op. cit.

[70] Miller J.-A., « Médée à mi-dire », La Cause du désir, Paris, Navarin, n° 89, mars 2015, p. 114.

[71] Lacan J., Le Séminaire, livre x, L’angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2004, p. 211.

[72] Ibid., p. 223.

[73] Ibid., p. 199-200. Souligné par l’auteur.

[74] Les Séminaires iii, xvi, xviii, entre autres, offrent des repères précis sur hystérie et féminité.

[75] Voir notamment Miller J.-A., « Médée à mi-dire », op. cit. et « Mèrefemme », La Cause du désir, op. cit., n° 89, et  « Des semblants dans la relation entre les sexes », La Cause freudienne, op. cit., n° 36.

[76] Lacan J., « La signification du phallus », op. cit., p. 685.

[77] Lacan J., « Propos directifs… », op. cit., p. 730.

[78] Brousse M.-H., « La mère dans la psychanalyse », Quarto, n° 47, 1992, p. 25.

[79] Miller J.-A., « La relation d’objet I », La Lettre mensuelle, n° 128, avril 1994.

[80] Lacan J., Le Séminaire, livre iv, La relation d’objet, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1994, p. 195.

[81] Ibid., p. 15.

[82] Miller J.-A., « Mèrefemme », La Cause du désir, op. cit., p. 122.

[83] Miller J.-A., conférence à Lausanne du 2 juin 1996, publiée sous le titre « L’enfant et l’objet », La petite Girafe, n°18, 2003, p. 7.

[84] Lacan J., « Note sur l’enfant », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 374.

[85] Laurent É., « Une lecture de la “Note sur l’enfant” », Bulletin du Groupe Petite Enfance, n° 18, octobre 2002, p. 12.

[86] Laurent É., « La psychanalyse guérit-elle du transfert ? », conférence à Dijon, 26 novembre 2011, Bulletin Uforca pour l’upjl, n° 15, février 2012, p. 10. www.lacan-universite.fr

[87] Ibid.

[88] Lacan J., « R.S.I. », Ornicar?, n° 3, mai 1975, p. 106.

[89] Lacan J., Encore, op. cit., p. 36.

[90] Miller J.-A., « Mèrefemme », op. cit., p. 122.

[91] Être mère. Des femmes psychanalystes parlent de la maternité, sous la direction de Ch. Alberti, Paris, Navarin/Le Champ freudien, 2014.

[92] Solano-Suarez E., « Maternité Blues », Être mère, op. cit., p. 81.

[93] Ibid., p. 79.

[94] Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, op. cit., p. 465.

[95] Voir notamment (et sans exhaustivité) Brousse M.-H., « Une difficulté dans l’analyse des femmes : le ravage du rapport à la mère », Ornicar ?, n°50, Paris, Le Seuil, diffusion Navarin, 2002 et Vinciguerra R.-P., Femmes lacaniennes, Paris, Michèle, 2014.

[96] Lacan J., Le Séminaire, livre v, Les formations de l’inconscient, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1998, p. 350.

[97] Freud S., « Un enfant est battu », Névrose, psychose et perversion, Paris, puf, 1973, p. 226.

[98] Ibid.

[99] Ibid., p. 227.

[100] Freud S., « Le problème économique du masochisme », Névrose, psychose…, op. cit., p. 290.

[101] Ibid., p. 289.

[102] Lacan J., « La direction de la cure », op. cit., p. 585.

[103] Lacan J., Encore, op. cit., p. 69.

[104] Traduit de l’allemand par Suzanne Hommel et repris dans le volume Féminité Mascarade composé par M.-C. Hamon réunissant de grands textes centraux dans le débat des années 20 sur la féminité et auxquels Freud fera référence dans ses deux grandes conférences de 1931 et 1932 sur la féminité.

[105] Lacan J., Encore, op. cit., p. 70.

[106] Voir au sujet de la frigidité une note de F. Fajnwaks dans « Lacan et les théories queer: malentendus et méconnaissances », in Subversion lacanienne des théories du genre, op. cit. p. 33, ainsi qu’un texte moins récent mais très éclairant de C. Lazarus-Matet, « Trouble de jouissance », La Cause freudienne, n°24, 1993.

[107] Laurent É., « Positions féminines de l’être », La Cause freudienne, n° 24, op. cit., p. 108.

[108] Par exemple : Lacan J., Le Séminaire, livre v, op. cit., p. 248 et Lacan J., Le Séminaire, livre XI, op. cit., p. 175-176.

[109] Lacan J., « Introduction aux Noms-du-Père », Des Noms-du-Père, Seuil, 2005, p. 80.

[110] Lacan J., Le Séminaire, livre xi, op. cit., p. 176.

[111] Lacan J., Encore, op. cit., p. 69.

[112] Ibid., p. 54.

[113] Miller J.-A., « Un répartitoire sexuel », op. cit., p. 15.

[114] Miller J.-A., « Des semblants dans la relation entre les sexes », op. cit., p. 10.

[115] Leguil C., « Sur le genre des femmes selon Lacan. La sexualité féminine par-delà les normes », in Subversion lacanienne …, op. cit., p. 77.

[116] Miller J.-A., « Des semblants…», op. cit., p. 11.

[117] Ibid.

[118] Laurent É., « Positions féminines de l’être », op. cit., p. 108.

[119] Ibid., p. 109.

[120] Laurent D., « Pulsion de mort au féminin », La lettre mensuelle, n° 284, janvier 2010.

[121] Miller J.-A., L’os d’une cure, op. cit., p. 87-88.

[122] Ibid., p. 74.

[123] Ibid., p. 79.

[124] Ibid., p. 78.

[125] Ibid., p. 81-82.

[126] Ibid., p. 83.

[127] Lacan J., Le Séminaire, livre xxiii, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 101: « si une femme est un sinthome pour tout homme […], l’homme est pour une femme tout ce qui vous plaira, à savoir une affliction pire qu’un sinthome. […] C’est un ravage, même. »

[128] Miller J.-A., L’os d’une cure, op. cit., p. 83.

[129] Ibid., p. 84.

[130] Freud S., « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin », Résultats, idées, problèmes, II, Paris, PUF, 1985, p. 266.

[131] Ibid., p. 267.

[132] Vinciguerra R.-P., Femmes lacaniennes, Paris, op. cit., p. 20.

[133] Voir notamment ce que Lacan dit de l’hystérique et de la femme dans son Séminaire : Lacan J., Le Séminaire, livre xvi, D’un Autre à l’autre, Paris, Seuil, 2006.

[134]Comment finissent les analyses? Textes réunis par l’Association mondiale de psychanalyse, Paris, Seuil, 1994, p. 195-197.

[135] Ibid., p. 202.

[136] Ibid., p. 208-210. Point que J.-A. Miller (alors membre du cartel de la passe) a exposé – à titre de « conclusion, très transitoire » – dans « Des semblants dans la relation entre les sexes », op. cit., p. 14-16.

[137] Lacan J., « Joyce le Symptôme », Autres écrits, op.cit., p. 570.

[138] Miller J.-A., « La passe du parlêtre », La Cause freudienne, Paris, Navarin, n° 74, avril 2010, p. 117.

[139] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Un-tout-seul », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris viii, leçons du 4, 11, 18 mai 2011, inédites.

[140] Miller J.-A., « Lire un symptôme », Mental, Revue internationale de psychanalyse, EFP, n°26, juin 2011, p. 55.

[141] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. L’Un-tout-seul », op. cit., leçon du 30 mars 2011, inédit.

[142] Lacan J., « Joyce le Symptôme », op. cit., p. 569.

[143] Miller J-A, « Pièces détachées », La Cause freudienne, Paris, Navarin, n° 61, novembre 2005, p. 152.

[144] Miller J.-A., « Lire un symptôme », op. cit., p. 58.

[145] Laurent D., « Désidentification d’une femme », La Cause freudienne, Paris, Navarin/Seuil, n°47, Mars 2001.

[146] Laurent É., « La clinique des unes-toutes-seules », Mental, n° 31, avril 2014, p. 24.

[147] Naveau P., Ce qui de la rencontre s’écrit, Paris, Éditions Michèle, 2014.