image_pdfTélécharger cet articleimage_printImprimer cet article

« Les parlêtres féminins ont d’abord, dans leur analyse, à traiter la question de l’amour ».  [1]

Structuralement, la femme va chercher le signifiant qui manque dans l’Autre pour dire son être de femme, chez son partenaire, sous forme de demande d’amour et pour l’obtenir, une femme ne recule devant aucune concession jusqu’à s’y perdre. « Donner tout pour être tout » dévoile la position, dite, masochiste féminine comme l’épinglait récemment Anne Beraud lors d’une soirée sur la passe à Bruxelles.  Les femmes « cherchent quelque chose qui leur a échappé et qui pourtant leur appartient, quelque chose qui leur manque pour être elles-mêmes et qu’elles ne peuvent trouver sans l’autre ». [2]

La demande d’amour dans son caractère infini devient donc le moyen dont se sert une femme pour tenter de boucher le trou de l’énigme de son être de femme. Cette croyance à l’Autre qui en détient la clé l’enferme et la plonge dans un ravage qui  l’emmène de force [3] puisque la demande ne sera jamais assouvie.

La position féminine, elle, fait un pas de côté en prenant le manque de l’Autre en compte et en en visant un au-delà par un consentement à se servir « des paroles d’un homme qui lui permettent d’être femme » . [4] Qu’un homme puisse lui chuchoter des mots dans le creux de l’oreille ! « L’homme sert ici de relais pour que la femme devienne cet Autre pour elle-même, comme elle l’est pour lui » [5] La liberté serait celle de pouvoir composer avec ce trou dans l’Autre en quittant l’axe de la demande et en se laissant toucher par « des paroles qui participent de la joui-sens du corps au-delà du phallus. »[6] Se donner la chance d’être amoureuse « nous entraîne dans des pays dont nous ne connaissons pas le nom, nous évoquant des vérités sur nous-mêmes encore informulées ». [7]

Vous trouverez dans cette nouvelle fournée de Midite différentes façons de composer avec l’amour. Lilith ne s’en laisse pas conter, Médée tue ses enfants par amour, Carrie Mathison, cette héroïne contemporaine est rattrapée par le ravage, et certaines femmes se passent d’un homme, même pour enfanter.

Nous retiendrons ces quelques mots de Clotilde Leguil : « A ceux qui savent nous rattraper à temps » Un homme ? Un analyste ? La question reste vivante pour chaque amoureuse qui sommeille en nous.

 

[1] Miller J.-A., L’os d’une cure, Paris, Navarin, 2018, p. 77

[2] Leguil, C., Les amoureuses, voyage au bout de la féminité, Paris, Seuil, 2009, p. 17

[3] Cf Miller J.-A., op cit., p. 84

[4] Laurent D., Phallus ou symptôme, texte d’orientation paru sur le Blog des Journées de l’ECF, Midite : https://www.femmesenpsychanalyse.com/2019/05/22/phallus-ou-symptome/

[5] Lacan, J., « Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine », Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 732.

[6] Laurent D., Phallus ou symptôme, op cit.

[7] Leguil, C., Les amoureuses, voyage au bout de la féminité, op cit., p.12.

[8], Ibid, p. 7