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De l’austère et douloureuse figure de Virginia Woolf, à la pétillante image des expertes en beauté promues par Youtube, Midite vous invite au voyage vers des confins inattendus… Détachez vos ceintures !

Confins de l’être avec Virginia Woolf qui tente de rejoindre une consistance qui la fuit, là où le sentiment de vie s’efface. Elle lit Freud, qu’elle qualifiait peu avant sa mort, de « très vieux brasier qui à présent s’éteint », pour « sortir d’elle-même », s’efforçant à « retrouver son centre ».

Confins de la névrose avec Sabina Spielrein, jeune fille excessive, dévorée par la jouissance dont ses symptômes témoignent. Elle fait la rencontre décisive de la psychanalyse et de psychanalystes, l’un qu’elle séduit et qui se sert, l’Autre qui résiste et se défie…

Confins de l’amour avec Annie Ernaux, confrontée au hors sens de la passion qui touche au point d’existence, quand tous les repères s’effacent. Au-delà de la « compréhension » fallacieuse qui heureusement se dérobe entre les amants, il y a cette révélation : « l’homme qu’on aime est un étranger ». Un étranger qui résonne avec cette étrangère qu’une femme devient pour elle-même, dans cette jouissance Autre qui la saisit et la dépasse.

Confins de l’image, enfin…

L’hystérique, dit Lacan, repousse ce qu’elle est « dans le paraître » [1]. « En tant que femme, elle se fait masque précisément pour, derrière ce masque, être le phallus » [2] c’est-à-dire l’objet qui manque. Car derrière le masque se dissimule un autre leurre, un autre voile…  sur une absence.

Rien ne paraît moins relever des confins que ces youtubeuses beauté qui pullulent sur le net. Et pourtant, elles explorent les confins de l’image, là où celle-ci se révèle pourvoyeuse d’une consistance inattendue comme le montre Anaëlle Lebovits-Quenehen : mouvante, vivante, se renouvelant sans cesse, affine à une féminité jamais définitivement fixée à un standard.

Au fond, elles ont à la fois tout à voir avec la Madone de Dresde devant laquelle se consumait Dora et… rien de commun avec elle ! Car c’est sur un malentendu que s’appuie le lien entre elles et leur public. Enseignant comment « être une femme », par leur pluralité, elles nous renseignent sur l’impossible d’un tel projet, tout en alimentant avec une certaine inventivité la question : « qu’est-ce qu’être une femme ? » Elles semblent avoir intégré sans le vouloir la formule lacanienne, « La femme n’existe pas » ; leur « assurance déconcertante » en atteste : il n’y a pas Un éternel féminin qui dirait toutes les femmes mais d’éphémères et fugitives icônes, par elles-mêmes défaites et reconstruites aussitôt, sous le mascara.

Clin d’oeil à toutes les sans-pareilles…

 

[1]     J. Lacan, Le Séminaire, livre V, Les formations de l’inconscient, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, p. 380.
[2]     Ibid.