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C’est par ces mots que Lacan[1] qualifiait en 1946 la folie d’Alceste : « Je précise qu’il est fou […] pour être pris sous le pavillon de l’Amour, par le sentiment même qui mène le bal des mirages… ». Ce pavillon de l’Amour, malgré son écho protecteur, n’est pas un abri, il ne le sera pas pour Alceste, pas plus que pour les femmes que nous allons croiser dans ce numéro de Midite, qui toutes, à leur façon, prennent un risque.

Pour Erika[2], ce sera plutôt une décision ; elle, la silencieuse et prudente jeune-fille éconduite et blessée par un chagrin d’amour aura une réponse étonnante de radicalité, faisant de son dépit le point de départ d’une position tranchée. Tentée de rompre son alliance avec la vie, elle n’en résiliera qu’une partie… Phèdre, célébrissime, on croyait avoir tout dit, mais c’est un petit point très précis qui renouvelle la lecture de la tragédie : l’aveu. Avouer un amour interdit est imprudent quand c’est à l’oreille d’une intrigante, cet aveu coloré du trop n’est pas toujours gage de soulagement ou de satisfaction, nous découvrirons comment un dire fait parfois trou plutôt que bord. Ici, il propulse Phèdre de la transgression à l’abîme, dans un déchainement plus total qu’absolu.

Pétrunya[3] à présent, quelle mouche a piqué cette étonnante Jeune femme ? Est-ce par amour de Dieu ou par revendication phallique qu’elle transgresse, elle aussi, une loi millénaire ? Notons que l’un n’empêche pas l’autre. Elle plonge au milieu des hommes, sans frayeur vers l’objet de son désir, mais au moment d’éclairer son geste, une fois l’objet en main : silence, mystère, énigme… Derrière son acte déterminé, celle qui préférerait ne pas nous entraine vers le clair-obscur de la jouissance féminine.

Mais chut… nous n’allons pas les dire toutes, même une par une. Écoutons le silence, et apprenons avec Sylvia Plath[4] à distinguer celui qui résonne avec l’écho du vide de celui qui nous vient de l’Autre ; car du silence de l’Autre il en est question dans cet espace déconsistant qu’est l’Autre jouissance. Chacune ici y répond à sa façon, gageons qu’elles nous apprendront quelque chose de leurs imprudences, ou de leur prudence qui, côté femme « est une prudence sur le bord du trou » [5]. La marge est fine des rivages malheureux[6] à la « prudence passionnée »[7], et de l’amour, plutôt sillonner le bord contingent, c’est une Autre modalité de prudence que celle du calcul ou du refus…

[1] Lacan J., « Propos sur la causalité psychique », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 173.

[2] Voir le texte de Jacqueline Dhéret dans ce numéro.

[3] Voir le texte de Martine Versel dans ce numéro, à propos du film : Dieu existe, son nom est Pétunya.

[4] Voir le texte de Déborah Gutermann-Jacquet dans ce numéro.

[5] Miller J.-A., « Un Répartitoire sexuel », La Cause freudienne, Paris, Navarin/Seuil, n°40, janvier 1999, p. 23.

[6] Citations de Racine, extraite du texte de Camilo Ramirez, dans ce numéro.

[7] Miller J.-A., « Un Répartitoire sexuel », op. cit.